XII

Sous cette haute inspiration de Mozart nous avons vu comment d'Aponte,

son poëte, composait les scènes et les dialogues entre deux ivresses,

le vin et l'amour, et en la présence nocturne des fantômes de Dante,

ouvert sur sa table. À mesure que le poëte vénitien avait disposé et

écrit la pièce, il la communiquait à Mozart, qui appropriait à son

tour le chant au drame et le drame au chant.

La mort du père de Mozart venait d'ajouter la note suprême de la

tristesse sans consolation au clavier de l'âme du compositeur. «À

l'époque, dit Scudo, où Mozart se disposait à écrire la musique de

_Don Juan_, il avait trente et un ans. Il était arrivé à cette heure

suprême de la vie d'un grand artiste, où sa main peut écrire

couramment sous la dictée de son coeur, et réaliser, comme il disait,

les rêves de son génie.»

Son esprit profondément religieux, sa piété naïve, semblaient

pressentir confusément l'approche d'une révolution qui viendrait

détruire tout ce qu'il adorait. Des circonstances particulières

étaient venues accroître encore sa tristesse naturelle. Mozart avait

perdu son père, qui mourut à Salzbourg, le 28 mai 1787, à l'âge de

soixante et dix ans, dans un état voisin de la misère, mais heureux

devant Dieu et devant les hommes d'avoir accompli sa mission en

donnant au monde le plus sublime des compositeurs.

Léopold Mozart était venu visiter son fils à Vienne sur la fin de

l'année 1785. Ils se virent alors pour la dernière fois. À la mort de

son père chéri, Mozart écrivit à sa soeur une lettre touchante où nous

avons remarqué le passage suivant: «Comme la mort, lorsqu'on y

réfléchit, paraît être le vrai but de la vie... Je me suis tellement

familiarisé avec cette idée, que je ne me couche jamais sans penser

que peut-être je ne verrai plus la douce et amère lumière du jour!...»

«Quelque temps après cet événement, Mozart fut assez gravement malade.

Il était à peine rétabli qu'il eut encore la douleur de voir mourir le

meilleur de ses amis, le docteur Siegmund Barisani, premier médecin de

l'hôpital, à Vienne, dont les soins éclairés et affectueux avaient

contribué à prolonger jusqu'alors sa frêle existence. Cette nouvelle

perte, ajoutée à celle de son père, fit sur Mozart une impression

profonde dont il a consigné le témoignage sur un album, de la manière

suivante: «Aujourd'hui, 2 septembre 1787, j'ai eu le malheur de

perdre, par une mort imprévue, cet homme honorable, mon meilleur et

mon plus cher ami, le sauveur de ma vie. Il est heureux, tandis que

moi et tous ceux qui l'ont connu nous ne pouvons plus l'être, jusqu'à

ce que nous ayons le bonheur de le rencontrer dans un monde meilleur

pour ne plus nous séparer.»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 162 / 177 题