VIII

Il n'existait que trois choses au monde pour le père de Mozart: Dieu,

sa famille et la musique. La vive piété dont il était animé lui venait

sans doute encore de sa passion innée pour la musique; car, quand on

aime un art avec passion, cet amour qu'on a pour cet art ne tarde pas

à s'élever jusqu'à l'infini, et, quand on s'élève, l'infini de l'art

touche à l'infini de la création, c'est-à-dire à Dieu. L'amour que ce

modèle des époux et des pères portait à sa femme, à son fils et à sa

fille, devait être aussi dans son coeur une cause incessante de sa

tendre piété; car il fallait une providence à cette pauvre et sainte

famille de l'art, et le père, sans cesse préoccupé du soin de la

nourrir et de la rendre heureuse, ne pouvait trouver cette providence

secourable qu'en Dieu. Cette piété, assujettie à de petites pratiques

de dévotion, avait sans doute quelque chose d'un peu féminin; mais la

touchante superstition qui vient des tendresses et des anxiétés du

coeur d'un père ou d'une mère pour leurs enfants est sacrée comme le

sentiment d'où elle émane. Si la raison des philosophes ne cherche

son Dieu que dans l'infini, il faut pardonner à la famille pieuse et

indigente de chercher le sien dans son coeur et dans son foyer

domestique. C'était le caractère de cette piété tendre du père, de la

mère et des enfants, dans la maison de Mozart, à Salzbourg.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 134 / 177 题