Il n'existait que trois choses au monde pour le père de Mozart: Dieu,
sa famille et la musique. La vive piété dont il était animé lui venait
sans doute encore de sa passion innée pour la musique; car, quand on
aime un art avec passion, cet amour qu'on a pour cet art ne tarde pas
à s'élever jusqu'à l'infini, et, quand on s'élève, l'infini de l'art
touche à l'infini de la création, c'est-à-dire à Dieu. L'amour que ce
modèle des époux et des pères portait à sa femme, à son fils et à sa
fille, devait être aussi dans son coeur une cause incessante de sa
tendre piété; car il fallait une providence à cette pauvre et sainte
famille de l'art, et le père, sans cesse préoccupé du soin de la
nourrir et de la rendre heureuse, ne pouvait trouver cette providence
secourable qu'en Dieu. Cette piété, assujettie à de petites pratiques
de dévotion, avait sans doute quelque chose d'un peu féminin; mais la
touchante superstition qui vient des tendresses et des anxiétés du
coeur d'un père ou d'une mère pour leurs enfants est sacrée comme le
sentiment d'où elle émane. Si la raison des philosophes ne cherche
son Dieu que dans l'infini, il faut pardonner à la famille pieuse et
indigente de chercher le sien dans son coeur et dans son foyer
domestique. C'était le caractère de cette piété tendre du père, de la
mère et des enfants, dans la maison de Mozart, à Salzbourg.