XXVII

Le premier des poëtes lyriques profanes est le poëte grec Pindare.

L'homme le plus capable de le comprendre par l'intuition littéraire et

de le transvaser d'une langue dans une autre sans laisser perdre une

goutte de cette poésie, c'est parmi nous M. Villemain. Il va nous en

donner incessamment une traduction: c'est une bonne fortune pour la

Grèce.

Le procédé de Pindare est de feindre cette ivresse de la femme qui

répand son âme dans le Temple et de s'abandonner en apparence au vol

désordonné de ses pensées. Il donne ainsi à sa puissante imagination

des coups d'aile qui le font perdre de vue dans l'éther, et qui le

transportent d'un sujet à l'autre et d'une image à une autre avec la

rapidité et l'éblouissement de l'éclair.

Certes, si ce grand poëte, au lieu de naître dans une nation vaniteuse

de rhétoriciens et d'artistes, comme les Grecs, était né dans une

nation de pasteurs, de prêtres, de prophètes, comme les Hébreux; s'il

avait vécu la vie du berger de Bethléem, d'abord gardien de brebis

dans les lieux déserts, joueur de flûte aux échos des rochers de son

pays, barde d'un roi qu'il assoupissait aux sons de sa harpe, sauveur

d'un peuple par sa fronde, proscrit de caverne en caverne avec une

bande d'aventuriers, puis le héros populaire de sa nation, puis roi,

tantôt triomphant, tantôt détrôné de l'inconstant Israël, puis couvert

de cendre sur sa couche de douleur, noyé dans les larmes de sa

pénitence, et n'ayant de refuge, comme les colombes dans les creux des

rochers d'Engaddi, que dans la miséricorde de Jéhova qui avait exalté

sa jeunesse; si Pindare, disons-nous, avait eu toutes ces conditions

inouïes du génie lyrique du fils d'Isaï, il aurait peut-être donné à

la Grèce des psaumes comparables à ceux de la Judée.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 120 / 177 题