Le premier des poëtes lyriques profanes est le poëte grec Pindare.
L'homme le plus capable de le comprendre par l'intuition littéraire et
de le transvaser d'une langue dans une autre sans laisser perdre une
goutte de cette poésie, c'est parmi nous M. Villemain. Il va nous en
donner incessamment une traduction: c'est une bonne fortune pour la
Grèce.
Le procédé de Pindare est de feindre cette ivresse de la femme qui
répand son âme dans le Temple et de s'abandonner en apparence au vol
désordonné de ses pensées. Il donne ainsi à sa puissante imagination
des coups d'aile qui le font perdre de vue dans l'éther, et qui le
transportent d'un sujet à l'autre et d'une image à une autre avec la
rapidité et l'éblouissement de l'éclair.
Certes, si ce grand poëte, au lieu de naître dans une nation vaniteuse
de rhétoriciens et d'artistes, comme les Grecs, était né dans une
nation de pasteurs, de prêtres, de prophètes, comme les Hébreux; s'il
avait vécu la vie du berger de Bethléem, d'abord gardien de brebis
dans les lieux déserts, joueur de flûte aux échos des rochers de son
pays, barde d'un roi qu'il assoupissait aux sons de sa harpe, sauveur
d'un peuple par sa fronde, proscrit de caverne en caverne avec une
bande d'aventuriers, puis le héros populaire de sa nation, puis roi,
tantôt triomphant, tantôt détrôné de l'inconstant Israël, puis couvert
de cendre sur sa couche de douleur, noyé dans les larmes de sa
pénitence, et n'ayant de refuge, comme les colombes dans les creux des
rochers d'Engaddi, que dans la miséricorde de Jéhova qui avait exalté
sa jeunesse; si Pindare, disons-nous, avait eu toutes ces conditions
inouïes du génie lyrique du fils d'Isaï, il aurait peut-être donné à
la Grèce des psaumes comparables à ceux de la Judée.