XXIV

Mais, d'abord, pourquoi écoutons-nous chanter de si loin ce lyrique

Hébreu, et pourquoi n'écoutons-nous _Pindare_ que dans nos académies

et dans nos écoles? Pourquoi n'écoutons-nous Anacréon ou Horace que

dans nos loisirs voluptueux d'esprit?

Disons-le d'un mot: ce n'est pas seulement parce que le christianisme,

héritier du judaïsme, s'est emparé de ces poëmes lyriques de David

comme il s'est emparé des vases et des parfums du temple de Salomon,

et qu'il en a fait le manuel de nos cérémonies, de nos piétés ou de

nos larmes; non, c'est que Pindare, Anacréon, Horace ne sont que des

lyres, et que David est une âme. La lyre profane n'a son écho que dans

les oreilles raffinées d'un peuple ou d'un temps; l'âme a son écho

dans toutes les âmes et dans tout l'univers sensible. Or, nous le

répétons ici, le caractère spécial de David, c'est d'exprimer l'âme de

l'humanité dans toutes les phases, dans tous les sentiments, dans tous

les lieux, dans tous les temps. Toute âme qui jouit, qui souffre, qui

combat, qui triomphe, qui prie, qui gémit, qui sanglote, qui se

reconsole, qui se repent, qui se replie du monde et qui se réfugie au

ciel, cherche en elle-même des paroles, et, ne les trouvant pas en

elle, elle ouvre les Psaumes et elle trouve des milliers de versets

qui jouissent, souffrent, luttent, prient, gémissent, pleurent,

invoquent ou s'extasient à l'unisson de son âme. Ces Psaumes sont le

vocabulaire universel des joies ou des douleurs de l'homme. C'est que

ce poëte était plus qu'un poëte; il était l'inspiré de l'humanité

passée et de l'humanité future.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 117 / 177 题