Mais, d'abord, pourquoi écoutons-nous chanter de si loin ce lyrique
Hébreu, et pourquoi n'écoutons-nous _Pindare_ que dans nos académies
et dans nos écoles? Pourquoi n'écoutons-nous Anacréon ou Horace que
dans nos loisirs voluptueux d'esprit?
Disons-le d'un mot: ce n'est pas seulement parce que le christianisme,
héritier du judaïsme, s'est emparé de ces poëmes lyriques de David
comme il s'est emparé des vases et des parfums du temple de Salomon,
et qu'il en a fait le manuel de nos cérémonies, de nos piétés ou de
nos larmes; non, c'est que Pindare, Anacréon, Horace ne sont que des
lyres, et que David est une âme. La lyre profane n'a son écho que dans
les oreilles raffinées d'un peuple ou d'un temps; l'âme a son écho
dans toutes les âmes et dans tout l'univers sensible. Or, nous le
répétons ici, le caractère spécial de David, c'est d'exprimer l'âme de
l'humanité dans toutes les phases, dans tous les sentiments, dans tous
les lieux, dans tous les temps. Toute âme qui jouit, qui souffre, qui
combat, qui triomphe, qui prie, qui gémit, qui sanglote, qui se
reconsole, qui se repent, qui se replie du monde et qui se réfugie au
ciel, cherche en elle-même des paroles, et, ne les trouvant pas en
elle, elle ouvre les Psaumes et elle trouve des milliers de versets
qui jouissent, souffrent, luttent, prient, gémissent, pleurent,
invoquent ou s'extasient à l'unisson de son âme. Ces Psaumes sont le
vocabulaire universel des joies ou des douleurs de l'homme. C'est que
ce poëte était plus qu'un poëte; il était l'inspiré de l'humanité
passée et de l'humanité future.