Mais pour sortir du style figuré, qu'était-ce en réalité que cette
harpe dont les poëtes hébreux, et surtout David, accompagnait ses
chants?
Il paraît, d'après l'Écriture, que David, tout à la fois musicien et
poëte, avait deux instruments, l'un pour la _mélodie_, l'autre pour
l'_accompagnement_ de ses vers. L'Écriture, en effet, nous parle
d'abord d'un petit berger, fils d'un nommé Isaï, de Bethléem, que les
officiers de la tente de Saül ont entendu jouer délicieusement de la
flûte sur la colline en gardant les brebis de son père. C'est pour
cela qu'on songe à lui et qu'on le fait venir la première fois au
camp, afin d'amuser et de calmer la maladie mentale du roi.
Mais, indépendamment de ce talent de joueur de flûte, quand l'âge eut
développé le génie poétique et la valeur héroïque du jeune berger, il
paraît, par le langage subséquent de l'Écriture, que David, comme les
autres prophètes de la Judée ou de l'Arabie, rejeta la flûte et prit
la harpe, instrument plus viril, aux cordes graves, qui inspirait ou
accompagnait toujours les vers en ces temps-là. Cette harpe hébraïque
était sans doute un instrument à deux ou trois cordes, semblable à
celui que les Grecs appelaient _lyre_, et dont Achille s'accompagne
pour pleurer Briséis sous sa tente ou au bord des flots de la mer, au
ravissement de son ami Patrocle.