Maintenant, pour nous faire une idée juste de ce qu'est la poésie
lyrique, écoutons chanter dans un même homme d'abord ce pauvre petit
berger des montagnes de Bethléem; puis cet adolescent armé de sa
fronde, libérateur de son pays; puis ce musicien favori de Saül
assoupissant avec sa harpe les convulsions d'esprit de son roi; puis
ce proscrit cherchant asile dans les cavernes de Moab; puis ce chef de
bande et de parti courant les aventures sur les frontières de la
Judée; puis ce roi choisi par les prêtres et acclamé par le peuple
pour éteindre la race de Saül et pour fonder sa propre dynastie; puis
ce souverain exalté par sa haute fortune, ne refusant rien à ses
intérêts ni à ses amours, et ternissant ainsi sa vieillesse après
avoir couvert d'innocence et de gloire ses jeunes années; puis le
vieillard puni, repentant, rappelé à Dieu par l'extrémité de ses
châtiments, et convertissant encore ses sanglots en cantiques pour
fléchir et pour attendrir son juge là-haut.
On voit qu'aucune note de la vie humaine ne manque à cette harpe, dont
les vibrations résonnent encore jusqu'à nous.