De ce jour, en effet, le poëte-roi est frappé par la main de Jéhova
dans sa vieillesse; il est témoin des déchirements de sa maison, des
outrages de ses enfants à leur propre soeur, des révoltes et des
compétitions au trône de ses fils entre eux. Il erre, chassé et
poursuivi comme un proscrit, sur ces mêmes hauteurs et dans ces mêmes
forêts d'où il est descendu pour anéantir la dynastie de Saül. Il n'a
d'autre consolation que sa harpe, qui se trempe de ses pleurs et qui
sanglote sous la main de ses repentirs.
Nous le demandons à Homère, à Virgile, à Dante, à Milton, au Tasse, y
eut-il jamais une vie d'homme qui fut aussi naturellement un poëme
épique? y eut-il jamais pour un poëte une source plus abondante, dans
son propre coeur, d'émotions, d'hymnes ou de larmes? Et si Dieu
lui-même a voulu se façonner, dans un coeur d'homme, un instrument
capable de crier, de chanter ou de pleurer pour l'humanité tout
entière, Dieu lui-même aurait-il pu pétrir autrement le coeur de cet
homme?
Aussi David est-il devenu le poëte des âmes et le poëte des temples.
Lisons maintenant ses chants, et essayons de recomposer cette vie avec
ses hymnes ou avec ses gémissements immortels. Le poëte et la poésie
sont ici une seule chose. Il n'y a pas une note de cette harpe qui ne
soit un homme; il n'y a pas une fibre du coeur de cet homme qui ne
soit une note! Et, pour comble de merveille, tout ce chant monte à
Dieu, et toute cette poésie est un holocauste, une prière, une
humilité ou une sanctification.