XX

De ce jour, en effet, le poëte-roi est frappé par la main de Jéhova

dans sa vieillesse; il est témoin des déchirements de sa maison, des

outrages de ses enfants à leur propre soeur, des révoltes et des

compétitions au trône de ses fils entre eux. Il erre, chassé et

poursuivi comme un proscrit, sur ces mêmes hauteurs et dans ces mêmes

forêts d'où il est descendu pour anéantir la dynastie de Saül. Il n'a

d'autre consolation que sa harpe, qui se trempe de ses pleurs et qui

sanglote sous la main de ses repentirs.

Nous le demandons à Homère, à Virgile, à Dante, à Milton, au Tasse, y

eut-il jamais une vie d'homme qui fut aussi naturellement un poëme

épique? y eut-il jamais pour un poëte une source plus abondante, dans

son propre coeur, d'émotions, d'hymnes ou de larmes? Et si Dieu

lui-même a voulu se façonner, dans un coeur d'homme, un instrument

capable de crier, de chanter ou de pleurer pour l'humanité tout

entière, Dieu lui-même aurait-il pu pétrir autrement le coeur de cet

homme?

Aussi David est-il devenu le poëte des âmes et le poëte des temples.

Lisons maintenant ses chants, et essayons de recomposer cette vie avec

ses hymnes ou avec ses gémissements immortels. Le poëte et la poésie

sont ici une seule chose. Il n'y a pas une note de cette harpe qui ne

soit un homme; il n'y a pas une fibre du coeur de cet homme qui ne

soit une note! Et, pour comble de merveille, tout ce chant monte à

Dieu, et toute cette poésie est un holocauste, une prière, une

humilité ou une sanctification.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 113 / 177 题