Poursuivi de nouveau par Saül, le jeune chef ose descendre une nuit
dans le camp avec Abisaï, un de ses plus intrépides compagnons. Ils
entrent dans la tente du roi endormi. Abisaï veut profiter de
l'occasion pour le frapper; David, toujours fidèle et respectueux,
retient encore sa main; il se contente d'emporter la lance et la coupe
du roi.
On voit que sa seule pensée est de fléchir son maître à force de
preuves de fidélité.
Saül enfin succombe avec Jonathas, après une bataille perdue contre
les ennemis d'Israël, et il se perce de son épée.
On apporte ses armes et ses habits à David, émigré alors chez les
Amalécites. Il pleure sur le roi et sur Jonathas; il chante un chant
funèbre. On y sent la sincérité de la douleur et le remords du
patriotisme, au milieu des nations étrangères qui se réjouissent de
leur victoire sur son pays.
Il rentre en Judée et habite Hébron en attendant que la nation et les
prêtres se décident entre les fils de Saül et lui.
Abner, le général le plus accrédité de Saül, soutient pendant sept ans
la cause de la famille royale. À la fin, il cède à l'amour que lui
avait inspiré _Respha_, jeune concubine de Saül, et il l'épouse. On
lui reproche cette audace. Il s'indigne et jure de se venger de cet
outrage en reconnaissant David.
Abner est tué en trahison pendant sa négociation perfide avec David.
Bientôt le fils de Saül lui-même est assassiné pendant son sommeil. Le
peuple entier se précipite vers Hébron pour reconnaître roi son héros
expatrié.
Son règne, qui commence alors, n'est qu'une vicissitude d'exploits et
même de crimes. La souveraineté l'enivre, le sang l'allèche, l'amour
le corrompt; mais il ne perd point son génie poétique avec sa vertu;
il est à lui-même son propre barde. Enfin il aggrave ses crimes par
l'ingratitude et la perfidie la plus odieuse dans ses amours avec
Bethsabée, qu'il aperçoit au bain, qu'il arrache de sa demeure, et
dont il fait tuer le mari pendant que ce guerrier se dévoue pour lui
sur le champ de bataille.
Le prophète Nathan, courageux vengeur du crime, force David à se
condamner lui-même par la parabole de la brebis unique dérobée à son
pauvre possesseur.
«Mais le pauvre n'avait qu'une petite brebis qu'il avait achetée en
nourrice, et qui avait été élevée sous son toit avec ses enfants,
mangeant son pain, buvant dans son écuelle et dormant sur son sein, et
il l'aimait comme sa fille!»
Quel poëte épique a de pareils accents sortis du coeur? Quelle justice
parle au coeur en pareilles images? Quel talion de miséricorde demande
ainsi au coupable des larmes pour du sang?