VII

L'orageuse liberté du gouvernement républicain, sous les Juges, a

fatigué le peuple d'Israël. Les prêtres, pour s'appuyer sur un pouvoir

unitaire qui leur sera à la fois secourable et asservi, à l'imitation

du gouvernement égyptien, ont donné des rois au peuple.

Saül, leur instrument, est sacré par eux.

Il règne, il combat, il est un grand homme; mais ce grand homme est,

comme Jules César, sujet aux infirmités mentales du génie. Il a des

accès d'épilepsie ou de démence.

Ces accès assombrissent et enveniment par moments son caractère.

Il flotte dans une anxiété tragique entre la nécessité de servir les

prêtres qui l'ont fait roi et la crainte de perdre sa couronne avec la

victoire.

Il lui faut des auxiliaires héroïques dans son armée, et dans chaque

héros qu'il suscite il redoute de rencontrer un compétiteur à la

souveraineté. Fils du prophète, il déteste en secret les prophètes de

lumière, et il cherche à leur opposer les devins, prophètes de

ténèbres.

Samuël, le roi du sacerdoce, s'en aperçoit et rejette Saül de son

coeur; ce prophète reçoit de l'inspiration l'ordre de sacrer

secrètement un roi plus docile. Il se rend, sous des apparences de

paix, à Bethléem, qui était la ville sainte (le Reims de la Judée). Il

fait comparaître devant lui les chefs de la ville et leurs enfants,

pour que Jéhova lui désigne sur place le roi futur, et pour qu'il le

sacre lui-même au nom de la prophétie. La scène est plus qu'homérique,

elle est patriarcale et sacerdotale à la fois.

Les chefs amènent leurs fils, les premiers nés, les plus beaux, les

plus forts, devant le prophète. Il les écarte l'un après l'autre au

nom de Jéhova. Enfin un chef de pasteurs, un père de famille, nommé

Isaï, de Bethléem, lui amène ses sept fils; ils sont rejetés.

«Et le prêtre dit à Isaï, le père de famille: Sont-ce là tous tes

fils?

«Isaï répondit: Il y a encore un tout petit garçon qui garde les

brebis.

«Et Samuel dit à Isaï: Envoie-le chercher et présente-le-moi.»

Le petit berger vient, amené par son père par pure obéissance, et

Jéhova parle dans le coeur du prophète. «Il lui dit: Lève-toi et

répands de l'huile sur sa tête, car c'est celui-là!»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 101 / 177 题