VI

Telle était la langue que David allait avoir à faire chanter, prier,

pleurer pour toutes les prières, pour tous les hymnes et pour tous les

sanglots des siècles.

Mais s'il avait la langue toute faite par Isaïe, où allait-il prendre

les inspirations et les sentiments?

Dans sa propre vie.

Y en eut-il jamais une où le poëte et l'homme aient été plus confondus

en un seul cri? Y en eut-il jamais une à la fois plus lyrique, plus

épique et plus dramatique?

Nous venons de la relire, cette vie, avec une attention que nous ne

lui avions jamais donnée, dans la Bible. Nous avions en même temps

Homère sous notre oreiller, comme Alexandre; nous passions des nuits

récentes d'insomnie à feuilleter tantôt l'_Iliade_ d'Homère, tantôt la

vie de David dans la Bible. Nous confessons que la vie du prophète

berger et du poëte roi dans la Bible est par elle-même un poëme mille

fois plus riche en aventures, en pittoresque, en intérêt, en

pathétique, en drame, que l'_Iliade_. Il y a dans une telle vie de

quoi faire vingt poëtes, si David n'avait pas été déjà poëte en

naissant. Qu'on en juge par l'esquisse abrégée de cette existence.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 100 / 177 题