Telle était la langue que David allait avoir à faire chanter, prier,
pleurer pour toutes les prières, pour tous les hymnes et pour tous les
sanglots des siècles.
Mais s'il avait la langue toute faite par Isaïe, où allait-il prendre
les inspirations et les sentiments?
Dans sa propre vie.
Y en eut-il jamais une où le poëte et l'homme aient été plus confondus
en un seul cri? Y en eut-il jamais une à la fois plus lyrique, plus
épique et plus dramatique?
Nous venons de la relire, cette vie, avec une attention que nous ne
lui avions jamais donnée, dans la Bible. Nous avions en même temps
Homère sous notre oreiller, comme Alexandre; nous passions des nuits
récentes d'insomnie à feuilleter tantôt l'_Iliade_ d'Homère, tantôt la
vie de David dans la Bible. Nous confessons que la vie du prophète
berger et du poëte roi dans la Bible est par elle-même un poëme mille
fois plus riche en aventures, en pittoresque, en intérêt, en
pathétique, en drame, que l'_Iliade_. Il y a dans une telle vie de
quoi faire vingt poëtes, si David n'avait pas été déjà poëte en
naissant. Qu'on en juge par l'esquisse abrégée de cette existence.