IV

Parlons d'abord de sa harpe, symbole sans doute, mais instrument réel

aussi de son inspiration.

«À cette époque, dit le philosophe allemand Herder dans sa belle

Histoire de la Poésie des Hébreux, à cette époque de l'âge du monde,

la poésie et la musique étaient étroitement unies; les poëtes et les

musiciens n'étaient presque toujours qu'une même personne. _Asoph_ et

_Hémon_ prophétisaient, c'est-à-dire poétisaient en faisant résonner

les cordes de leur harpe. Élysée fit venir un joueur d'instrument pour

qu'il éveillât en lui le don de prophétie ou l'inspiration. La

puissance poétique s'accroît quand elle est soutenue par la musique.»

Moïse avait donné à ce don de prophétie ou d'inspiration une immense

autorité, en faisant de son peuple, gouverné par Dieu même, une

république théocratique dont la tribu de Lévi avait exclusivement le

sacerdoce, organe alors de la souveraineté divine.

«Ce gouvernement d'une république fédérative par une théocratie sacrée

et centrale, continue le philosophe allemand, était le plus idéal des

gouvernements. Quant à moi, j'avoue que je souhaiterais pour tous une

telle Constitution, car elle seule réalise ce que tous les hommes

désirent, ce que tous les politiques sages ont cherché à leur donner,

ce que Moïse seul sut concevoir et exécuter, c'est-à-dire une

organisation sociale qui fait comprendre au peuple que c'est «la loi,

et non l'homme, qui règne, que la nation doit librement accepter ce

gouvernement divin de la raison et de la loi, et l'exercer sans

tyrannie, que nous n'avons pas été créés pour être enchaînés et

contraints comme des esclaves, mais pour être guidés et conseillés par

une puissance invisible, sage et providentielle.»

Telle était la Constitution théocratique de Moïse. La loi régnait

seule; fondée sur la volonté de Dieu, et soutenue par la voix unanime

du peuple, elle avait son trône dans le temple national. Ce temple

était la tente du Dieu du pays. Il appartenait aux douze tribus qui,

en s'y réunissant pour recevoir ses oracles, ne formaient qu'une seule

famille, la famille de Jéhova! Les affaires publiques s'y traitaient

par la décision des _Juges_ et par les exhortations des prophètes.

V

Les prophètes étaient donc non-seulement des poëtes, des inspirés,

mais des tribuns sacrés qui enseignaient le peuple par la parole, qui

réchauffaient, qui l'entraînaient par l'éloquence. Seulement, dans ce

peuple de l'enthousiasme, l'éloquence et la poésie fondus ensemble

n'étaient qu'une seule puissance, la puissance de la parole inspirée

ou de ce qu'on appelle la parole de Dieu! La langue, imagée, mais

monotone comme la solitude, était oratoire et éloquente comme la

liberté. C'était de l'arabe concentré, une langue forte et brève, qui

n'exposait pas la pensée, mais qui la lançait au ciel ou aux hommes.

On voyait qu'elle avait été construite, comme celle de Job, pour un

dialogue quelquefois familier, quelquefois âpre et terrible, entre la

foudre humaine et la foudre divine. C'était par conséquent l'idiome le

plus lyrique qu'un poëte pût trouver tout préparé pour lui; car tout

homme inspiré était prophète, tout le peuple était choeur, et Jéhova

lui-même prenait la parole à chaque instant, souverain poëte qui

parlait par le tonnerre et l'éclair dans les nuées.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 99 / 177 题