Les livres sacrés ou divinement inspirés tiennent une place immense
dans la géographie littéraire du globe, et surtout du globe antique.
L'imagination, plus impressionnable, jouait, dans ce monde antique, un
plus grand rôle que dans les temps modernes; la critique n'y existait
pas. Les _Védas_ chez les Indiens, les _Kings_ chez les Chinois, le
_Zend-Avesta_ chez les Persans, les _Chants orphéiques_ chez les
Grecs, les feuilles même de la _Sybille_ chez les Romains, la Bible et
les Psaumes chez les Hébreux, sont les principaux monuments sacrés de
ces différentes zones de la terre. Toute civilisation, toute religion
reposent sur un livre. Les livres sont les pyramides des pensées de
l'homme, ou plutôt les livres sacrés sont les temples intellectuels
qui semblent avoir poussé d'eux-mêmes et sans architectes du sol, pour
contenir les idées de l'humanité sur Dieu ou les dieux. Les poëtes
lyriques (ceux qui chantent), les auteurs des hymnes, des cantiques,
des psaumes, des prophéties, étaient alors les inspirés d'en haut, les
oracles vivants, les prophètes.
Plus tard cette inspiration de l'enthousiasme chanté, descendit plus
bas dans les littératures purement profanes, et, de sacrée qu'elle
était, cette inspiration devint purement littéraire. Alors naquirent
les lyriques patriotes, comme Tyrtée, les lyriques philosophes, comme
Orphée ou Solon, les lyriques érotiques, comme Anacréon et Sapho, les
lyriques purement poétiques, comme Horace (chantant pour chanter et
pour plaire); enfin les lyriques académiques de nos derniers siècles,
comme Hafiz en Perse, Pétrarque en Italie, Dryden en Angleterre,
Klopstok, Göthe, Schiller en Allemagne, Malherbe, Racine,
Jean-Baptiste Rousseau, Lefranc de Pompignan et les grands chanteurs
contemporains de notre pays, au sommet desquels chantait Victor Hugo,
enfant, ce Benjamin de la tribu de la lyre.
Aujourd'hui nous ne parlons que des lyriques hébreux, et
principalement de David, le poëte berger, le poëte guerrier, le poëte
roi, le plus complet, le plus pathétique, le plus religieux de ces
prophètes. David n'est pas seulement le plus inspiré, mais le mieux
inspiré de tous ceux qui écoutèrent chanter en eux l'inspiration
humaine en s'accompagnant d'une harpe. David fait éternellement couler
les larmes de son coeur dans le coeur d'autrui, avec le doux murmure
du suintement de la source du Siloé dans la vallée des Lamentations.