III

Les livres sacrés ou divinement inspirés tiennent une place immense

dans la géographie littéraire du globe, et surtout du globe antique.

L'imagination, plus impressionnable, jouait, dans ce monde antique, un

plus grand rôle que dans les temps modernes; la critique n'y existait

pas. Les _Védas_ chez les Indiens, les _Kings_ chez les Chinois, le

_Zend-Avesta_ chez les Persans, les _Chants orphéiques_ chez les

Grecs, les feuilles même de la _Sybille_ chez les Romains, la Bible et

les Psaumes chez les Hébreux, sont les principaux monuments sacrés de

ces différentes zones de la terre. Toute civilisation, toute religion

reposent sur un livre. Les livres sont les pyramides des pensées de

l'homme, ou plutôt les livres sacrés sont les temples intellectuels

qui semblent avoir poussé d'eux-mêmes et sans architectes du sol, pour

contenir les idées de l'humanité sur Dieu ou les dieux. Les poëtes

lyriques (ceux qui chantent), les auteurs des hymnes, des cantiques,

des psaumes, des prophéties, étaient alors les inspirés d'en haut, les

oracles vivants, les prophètes.

Plus tard cette inspiration de l'enthousiasme chanté, descendit plus

bas dans les littératures purement profanes, et, de sacrée qu'elle

était, cette inspiration devint purement littéraire. Alors naquirent

les lyriques patriotes, comme Tyrtée, les lyriques philosophes, comme

Orphée ou Solon, les lyriques érotiques, comme Anacréon et Sapho, les

lyriques purement poétiques, comme Horace (chantant pour chanter et

pour plaire); enfin les lyriques académiques de nos derniers siècles,

comme Hafiz en Perse, Pétrarque en Italie, Dryden en Angleterre,

Klopstok, Göthe, Schiller en Allemagne, Malherbe, Racine,

Jean-Baptiste Rousseau, Lefranc de Pompignan et les grands chanteurs

contemporains de notre pays, au sommet desquels chantait Victor Hugo,

enfant, ce Benjamin de la tribu de la lyre.

Aujourd'hui nous ne parlons que des lyriques hébreux, et

principalement de David, le poëte berger, le poëte guerrier, le poëte

roi, le plus complet, le plus pathétique, le plus religieux de ces

prophètes. David n'est pas seulement le plus inspiré, mais le mieux

inspiré de tous ceux qui écoutèrent chanter en eux l'inspiration

humaine en s'accompagnant d'une harpe. David fait éternellement couler

les larmes de son coeur dans le coeur d'autrui, avec le doux murmure

du suintement de la source du Siloé dans la vallée des Lamentations.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 98 / 177 题