XV

À la fin de la journée, après avoir dételé, jeté le trèfle dans le

râtelier, chaussé ses souliers et passé sa veste, il ne parut point à

la cuisine pour recevoir, comme à l'ordinaire, son écuelle des mains

du vieux Joseph. Il se glissa inaperçu dans le creux du ravin qui

descend du château dans l'étroite vallée d'Arcey; il gravit, non s'en

s'arrêter bien des fois, de peur et d'angoisse, la colline escarpée au

sommet de laquelle est bâtie la petite et noire église du village, et

il entra tout en sueur, en poussant de la main la claire-voie, dans la

maison de la Jumelle. Elle l'avait bien vu venir de loin par le

sentier des chèvres, mais elle n'avait rien osé dire, et elle s'était

en allée dans le verger, derrière la maison, pour le laisser seul avec

son père.

Ce qui se dit dans cette entrevue entre le petit Didier et le père de

sa future on ne peut que le deviner; mais tout se passa sans doute de

bon accord et de bonne grâce, car la nuit était déjà tombée toute

noire sur la montagne et sur la vallée que le père et le prétendu, le

visage ouvert par la confiance et par la bonne amitié, étaient encore

assis chacun sur un coin du banc, la table entre eux deux et la nappe

mise devant une bouteille de vin, un morceau de pain et un fromage

blanc, pendant que la Jumelle, rappelée du verger, debout et modeste

derrière son père, était invitée par lui et résistait longtemps à

boire un doigt de vin dans le verre de son fiancé.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 77 / 177 题