À la fin de la journée, après avoir dételé, jeté le trèfle dans le
râtelier, chaussé ses souliers et passé sa veste, il ne parut point à
la cuisine pour recevoir, comme à l'ordinaire, son écuelle des mains
du vieux Joseph. Il se glissa inaperçu dans le creux du ravin qui
descend du château dans l'étroite vallée d'Arcey; il gravit, non s'en
s'arrêter bien des fois, de peur et d'angoisse, la colline escarpée au
sommet de laquelle est bâtie la petite et noire église du village, et
il entra tout en sueur, en poussant de la main la claire-voie, dans la
maison de la Jumelle. Elle l'avait bien vu venir de loin par le
sentier des chèvres, mais elle n'avait rien osé dire, et elle s'était
en allée dans le verger, derrière la maison, pour le laisser seul avec
son père.
Ce qui se dit dans cette entrevue entre le petit Didier et le père de
sa future on ne peut que le deviner; mais tout se passa sans doute de
bon accord et de bonne grâce, car la nuit était déjà tombée toute
noire sur la montagne et sur la vallée que le père et le prétendu, le
visage ouvert par la confiance et par la bonne amitié, étaient encore
assis chacun sur un coin du banc, la table entre eux deux et la nappe
mise devant une bouteille de vin, un morceau de pain et un fromage
blanc, pendant que la Jumelle, rappelée du verger, debout et modeste
derrière son père, était invitée par lui et résistait longtemps à
boire un doigt de vin dans le verre de son fiancé.