Le père parla de cette ouverture à sa fille en riant, comme d'un
badinage qui ne méritait pas même réflexion, et auquel les garçons et
les filles du château avaient sans doute encouragé le pauvre enfant
pour se moquer de la candeur du fils de la veuve; mais la Jumelle, au
lieu de rire avec son père, avait rougi sans rien répondre; elle
s'était retirée seule dans la grange où sa mère la surprit, pleurant
sans savoir de quoi.
Le père parut avoir changé d'idée. Dans la soirée il dit, en secouant
la tête, comme un homme qui se ravise, qu'au fond le petit Didier,
quoique un peu trop bon garçon, avait toute son estime comme excellent
ouvrier; qu'il faisait au besoin l'ouvrage de tout le monde; qu'il
était trop grand pour rester à jamais toucheur; que la Jumelle ne
pouvait épouser un enfant qui piquait encore les boeufs au labour
comme une fille, mais que, si sa condition se relevait un peu au
château avec ses gages, et que, si par exemple on le faisait garçon de
charrue en titre avec cent vingt francs par an, deux paires de sabots,
une paire de souliers et six chemises de toile de chanvre, on pourrait
penser à sa proposition, l'autoriser à courtiser la Jumelle, et que,
toute belle et toute recherchée qu'elle était, sa fille pourrait
rencontrer pis que le fils de la veuve.
La Jumelle, à ces mots, se leva de table en s'essuyant les yeux avec
un coin de son tablier. Elle s'en alla, comme le matin, pleurer seule
dans la grange; mais cette fois c'étaient des larmes de joie.