XII

Cependant la merveilleuse beauté de la Jumelle, célèbre déjà dans

tous les villages voisins, attirait à son père de nombreuses demandes

en mariage; mais, chaque fois que son père lui parlait de ces

propositions, faites pour flatter sa vanité, elle répondait qu'elle

était trop jeune, qu'elle y penserait à la moisson, aux foins ou à la

Noël de l'année suivante. Les soupirs des plus beaux et des plus

riches garçons du voisinage n'étaient pas mieux accueillis. Elle

aimait, sans oser l'avouer, celui qu'on la soupçonnait le moins de

regarder avec prédilection parmi tous les autres. Didier ne flattait

pas sa vanité, mais il avait touché son coeur.

Sans se parler jamais, la Jumelle et Didier finirent par comprendre

qu'il y avait entre eux deux un secret, qu'aucun des deux n'osait tout

à fait ni révéler ni comprendre. Ces espèces de limbes de l'amour

mutuel, mais inexprimé, sont très-fréquents dans les âmes timides et

simples des villageois. L'oeil plus perçant et plus exercé d'une jeune

couturière nommée Nicette, qui travaillait habituellement au château,

finit par tout entrevoir; elle parla à la Jumelle des attentions du

petit Didier; elle parla au petit Didier des préférences de la

Jumelle; elle finit ainsi par en savoir assez sur l'état de ces deux

coeurs pour que le toucheur de boeufs crût pouvoir s'enhardir jusqu'à

la pensée de faire parler de mariage au père de la jeune fille.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 74 / 177 题