La vieille Hécube parle après l'épouse, et poursuit le panégyrique
touchant et glorieux de son fils.
Enfin Hélène elle-même, la cause de tous ces deuils, achève ce
panégyrique en paroles entrecoupées de ses gémissements:
«Hector! de tous mes beaux-frères ô toi le plus aimé de mon coeur,
puisqu'il est trop vrai que Pâris est mon époux, et qu'il m'a ravie
pour me conduire en Ilion. (Que ne ce suis-je morte avant ce jour!)
Voici la vingtième année que j'abordai en ces lieux, que j'ai perdu ma
patrie, et jamais je n'entendis de ta bouche une parole outrageante ou
même dure; au contraire, si une de mes soeurs ou ma belle-mère Hécube
m'adressait quelques reproches dans nos palais (car Priam, lui, fut
comme un père toujours doux envers moi), toi, Hector, en les
réprimandant avec bonté, tu les adoucissais par tes douces et
indulgentes paroles. Aussi dans mon coeur amer je pleure à la fois sur
toi et sur moi, malheureuse, qui désormais n'aurai plus ni ami ni
soutien dans la vaste Ilion, où je suis pour tous un objet de mépris
et d'horreur!»
Après ces lamentations si éloquentes et si naïves, le corps du héros
est placé sur le bûcher par le vieux Priam. Les flammes du bûcher se
confondent avec celles de l'aurore, et une urne d'or reçoit les
cendres du dernier défenseur d'Ilion.