XXXV

La vieille Hécube parle après l'épouse, et poursuit le panégyrique

touchant et glorieux de son fils.

Enfin Hélène elle-même, la cause de tous ces deuils, achève ce

panégyrique en paroles entrecoupées de ses gémissements:

«Hector! de tous mes beaux-frères ô toi le plus aimé de mon coeur,

puisqu'il est trop vrai que Pâris est mon époux, et qu'il m'a ravie

pour me conduire en Ilion. (Que ne ce suis-je morte avant ce jour!)

Voici la vingtième année que j'abordai en ces lieux, que j'ai perdu ma

patrie, et jamais je n'entendis de ta bouche une parole outrageante ou

même dure; au contraire, si une de mes soeurs ou ma belle-mère Hécube

m'adressait quelques reproches dans nos palais (car Priam, lui, fut

comme un père toujours doux envers moi), toi, Hector, en les

réprimandant avec bonté, tu les adoucissais par tes douces et

indulgentes paroles. Aussi dans mon coeur amer je pleure à la fois sur

toi et sur moi, malheureuse, qui désormais n'aurai plus ni ami ni

soutien dans la vaste Ilion, où je suis pour tous un objet de mépris

et d'horreur!»

Après ces lamentations si éloquentes et si naïves, le corps du héros

est placé sur le bûcher par le vieux Priam. Les flammes du bûcher se

confondent avec celles de l'aurore, et une urne d'or reçoit les

cendres du dernier défenseur d'Ilion.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 59 / 177 题