XXXIV

Avant l'aube du jour, le vieillard et son écuyer attellent les mules

au char qui porte le cadavre d'Hector, et reviennent, sans avoir été

vus par Agamemnon, sous les murs d'Ilion. La piété filiale d'une fille

de Priam, Cassandre, veille au sommet d'une tour de la ville.

Cassandre reconnaît la première le cortége de son père et de son

frère. Elle jette un cri, et ses gémissements remplissent la ville.

«Venez! voyez-le de vos propres yeux, Troyens, et vous, Troyennes,

s'écrie Cassandre, ô vous qui pendant sa vie le receviez avec tant de

triomphe à son retour des combats! Alors il était la joie d'Ilion et

de tout son peuple!»

Hécube et Andromaque, la mère et l'épouse, s'élancent les premières

sur le char pour toucher la tête d'Hector!

«Cher époux, dit Andromaque en soutenant cette tête dans ses bras

pendant que le char traverse la ville, tu perds la vie à la fleur de

tes jours, et tu me laisses veuve dans nos demeures. Ce fils

(Astyanax), encore dans sa tendre enfance, ce fils que nous

engendrâmes tous les deux, malheureux que nous sommes! ne parviendra

pas, je pense, jusqu'à son adolescence. Ilion, avant ce temps, sera

précipitée de son élévation! car tu n'es plus, toi qui sauvais les

chastes épouses des Troyens et leurs tendres enfants! Bientôt elles

seront entraînées captives sur les vaisseaux ennemis, et moi sans

doute avec elles!... Tu me suivras, ô mon enfant! et, ravalé à

d'indignes emplois, tu travailleras pour un maître cruel; ou bien un

de ces Grecs, t'arrachant de mes bras, te précipitera du sommet d'une

tour, pour venger la mort d'un frère, d'un père ou d'un fils immolé

par la main d'Hector; car un grand nombre de Grecs, sous le poids du

bras d'Hector, a mordu la terre, et ton père, ô mon fils! n'était pas

faible dans la chaleur funeste des batailles. Aussi, vois comme tout

le peuple le pleure dans Ilion!... Ah! tu laisses à tes parents un

deuil inconsolé, cher Hector; mais c'est à moi surtout que sont

réservées les amères douleurs. Hélas! de ton lit funèbre tu ne m'as

pas tendu ta main, tu ne m'as point dit les dernières paroles, dont je

me serais souvenue sans cesse, et les jours et les nuits, en versant

des larmes!»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 58 / 177 题