XXXIII

Achille parle cette fois au père d'Hector en homme pitoyable, sage et

résigné au destin qui dispose de tout malgré les mortels. «Mon père

aussi n'a qu'un fils, dit-il, un fils qui périra bientôt! Je

n'assisterai point mon père dans sa vieillesse, et maintenant, loin de

ma patrie, me voilà sur ce rivage pour ton malheur et pour celui de ta

race!...»

Priam veut répliquer; Achille sent bouillonner en lui sa colère au

souvenir de Patrocle, et, se craignant lui-même, il sort de la tente.

Il prend les présents, il fait laver et parfumer le corps d'Hector, il

le fait envelopper d'un manteau pour éviter à Priam l'horreur de voir

le visage de son fils. Il rentre après ces soins rendus au héros; il

annonce à Priam que son fils, placé sur un char, lui sera rendu le

lendemain. Il le console, le fait asseoir à sa table.

Priam, après avoir mangé et bu, contemple Achille, «si grand et si

fort semblable à un dieu.»

Achille contemple à son tour et admire «le vieillard au visage

majestueux.»

Ils s'entretiennent sans ressentiments mais non sans larmes. Achille

fait préparer pour son hôte un lit recouvert de riches tapis et de

moelleuses couvertures sous le vestibule de sa tente, de peur que

quelques-uns des princes, en entrant pour tenir le conseil la nuit

dans sa tente, ne reconnaissent Priam et n'avertissent Agamemnon.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 57 / 177 题