Achille parle cette fois au père d'Hector en homme pitoyable, sage et
résigné au destin qui dispose de tout malgré les mortels. «Mon père
aussi n'a qu'un fils, dit-il, un fils qui périra bientôt! Je
n'assisterai point mon père dans sa vieillesse, et maintenant, loin de
ma patrie, me voilà sur ce rivage pour ton malheur et pour celui de ta
race!...»
Priam veut répliquer; Achille sent bouillonner en lui sa colère au
souvenir de Patrocle, et, se craignant lui-même, il sort de la tente.
Il prend les présents, il fait laver et parfumer le corps d'Hector, il
le fait envelopper d'un manteau pour éviter à Priam l'horreur de voir
le visage de son fils. Il rentre après ces soins rendus au héros; il
annonce à Priam que son fils, placé sur un char, lui sera rendu le
lendemain. Il le console, le fait asseoir à sa table.
Priam, après avoir mangé et bu, contemple Achille, «si grand et si
fort semblable à un dieu.»
Achille contemple à son tour et admire «le vieillard au visage
majestueux.»
Ils s'entretiennent sans ressentiments mais non sans larmes. Achille
fait préparer pour son hôte un lit recouvert de riches tapis et de
moelleuses couvertures sous le vestibule de sa tente, de peur que
quelques-uns des princes, en entrant pour tenir le conseil la nuit
dans sa tente, ne reconnaissent Priam et n'avertissent Agamemnon.