XXV

D'interminables et monotones combats remplissent les quinzième et

seizième chants. Hector incendie une partie des vaisseaux des Argiens.

Le poëte transporte soudain le drame dans la tente d'Achille.

«Pourquoi pleures-tu, ô Patrocle, comme une jeune fille, courant après

sa mère pour être emmenée, s'attache à sa robe, la retient à son

départ et lève vers elle ses yeux en pleurs afin que sa mère la prenne

dans ses bras?»

Patrocle lui raconte les désastres de l'armée et des vaisseaux.

Achille, sans vouloir encore se mêler aux Grecs pour prévenir la mort

de tant de chefs odieux, permet à Patrocle d'aller, avec les seuls

Thessaliens, éteindre l'incendie des vaisseaux. Patrocle, revêtu de

l'armure d'Achille, délivre, en effet, les vaisseaux et refoule les

Troyens hors de l'enceinte dans la plaine. L'excès des scènes de

guerre donne à ce milieu du poëme la confusion et la satiété d'une

éternelle mêlée. Homère, s'il n'avait pas écrit pour des guerriers,

aurait donné plus de charme à l'_Iliade_ en abrégeant ces coups de

lance et ces coups de pierre perpétuels, et en reposant l'esprit sur

d'autres scènes de la nature. Patrocle succomba sous le fer d'Hector.

L'intelligence et la sensibilité des coursiers d'Achille, animaux

belliqueux, assimilés avec raison aux guerriers eux-mêmes par le

poëte, forment le seul épisode touchant et mélancolique de ces deux

chants. Écoutez ces vers comparables à ceux de l'Arabe pleurant son

coursier. Admirez combien la conviction de l'âme relative des animaux,

conviction si oblitérée en nous aujourd'hui, était puissante et hardie

dans le père des poëtes!

«Les coursiers d'Achille pleurent loin du champ de bataille depuis

qu'ils savent que Patrocle, qui les conduit, est tombé dans la

poussière, terrassé par l'homicide Hector. En vain leur conducteur

nouveau, Automédon, les presse du fouet rapide, les encourage par de

flatteuses paroles ou les intimide par des reproches; ils ne veulent

ni retourner au bord du large Hellespont, ni se rejeter dans la mêlée

contre les Grecs. Semblables à une colonne immobile sur le tombeau

d'un homme ou d'une femme, ils demeurent sans mouvement, attachés au

char magnifique et la tête baissée vers le sol. De leurs yeux des

larmes brûlantes coulent à terre, car ils regrettent leur noble

maître; leur crinière d'or toute souillée de poussière flotte des deux

côtés du timon sur le joug. Jupiter, en les contemplant, est attendri

de pitié; il secoue la tête et dit dans son coeur:

«Ah! malheureux coursiers! pourquoi vous avions-nous donnés à Pelée,

ce roi soumis au trépas? Était-ce donc pour que vous eussiez à

supporter les peines des misérables mortels? Hélas! de tous les êtres

qui respirent et rampent sur la terre, l'homme est sans doute le plus

infortuné! Cependant Hector ne montera pas sur votre char! Je ne le

permettrai jamais, etc.»

La douleur d'Achille, en apprenant la mort de Patrocle, est le

triomphe de l'amitié sur l'amour même de la vie. Thétis, sa mère, et

les Néréides, divinités subalternes de l'Océan, accourent pour calmer

sa douleur et pour encourager sa vengeance. Les dieux lui prêtent une

armure divine à la place de ses propres armes, que la mort de Patrocle

a livrées à Hector. Il jure à ses soldats qu'il ne célébrera pas les

funérailles de Patrocle avant de lui avoir rapporté les armes et la

tête d'Hector. «Jusque-là, ô cher cadavre, repose près de ces navires!

Les Troyennes captives au sein arrondi te pleureront tout le jour et

toute la nuit.»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 49 / 177 题