Ici le poëte change de note sur sa lyre et décrit en vers presque
burlesques les travaux et les aventures de Vulcain, ce dieu forgeron,
époux de Vénus, condamné à faire rire l'Olympe comme un bouffon de
cour.
«Il dit: le dieu massif et difforme s'éloigne en boitant de l'enclume;
ses jambes grêles flageolent sous son corps; ensuite il place ses
soufflets loin de la flamme, et dans un coffre d'argent il rassemble
tous les outils de son métier. Puis avec une éponge il essuie son
front, ses mains, son cou robuste et sa poitrine velue... Il marche
avec un disgracieux effort, prend la main de Thétis et lui dit ces
mots, etc.»
Thétis lui demande des armes pour Achille; il lui en fabrique de si
belles que leur description, et surtout la description du bouclier
d'Achille, sont à elles seules, sous la main d'Homère, un poëme de
paysage accompli. Combien je regrette que l'étendue trop considérable
de ce chef-d'oeuvre m'empêche de vous le traduire en le commentant
ici! Les bas-reliefs de ce bouclier sont une civilisation tout
entière. Rien n'est comparable à ce tableau en relief dans toutes les
oeuvres didactiques de l'antiquité et des siècles modernes. Homère
n'aurait chanté que ce bouclier qu'il serait le premier des
sculpteurs, des peintres, des pasteurs, des armuriers, des politiques,
des philosophes et des poëtes. C'est le Phidias de la parole, sept
siècles avant le Phidias du ciseau.