Les innombrables épisodes de bataille de ce treizième chant sont
écrits à la pointe du fer et en traits de flamme et de sang sur le
champ du meurtre. Nous ne les reproduirons pas; le temps nous
emporte. Les vers, les images sont aussi frappants que les coups de
lance. «Ajax, fils d'Oïlée, est toujours auprès d'Ajax, fils de
Télamon; il ne le quitte pas d'un moment. Tels, dans un champ à
labourer, deux boeufs noirs traînent avec la même ardeur une pesante
charrue; de leurs fronts hérissés de cornes découle une abondante
sueur. Séparés seulement par le joug brillant, ils creusent un sillon
profond et fendent le sein de la terre! Malgré sa valeur, Hector est
refoulé avec les siens.»
Nestor, cependant, pendant qu'il buvait en paix dans sa tente, entend
les clameurs du combat. «Reste ici, dit-il à Machaon blessé, reste ici
et continue à boire ce vin coloré, en attendant que la blonde Hécamède
ait chauffé le bain pour que tu y laves le sang de tes blessures. Je
vais monter sur ce tertre afin de tout voir de loin!»
Les chefs des Grecs, consternés, accourent en fuyant vers lui et
racontent leur désastre. Ici Homère remonte au ciel pour y chercher la
cause des événements humains.
Junon, qui tremble pour les Grecs, aperçoit son époux Jupiter sur le
sommet du mont _Ida, riche en fontaines_; elle veut le séduire et
l'endormir pour profiter de son sommeil en faveur des Grecs. Elle
emprunte à Vénus ce charme indéfinissable qui fait aimer, charme
figuré par la _ceinture de Vénus_. Junon invoque aussi le Sommeil. Ce
dieu monte sur la cime d'un pin du mont Ida pour en descendre sous la
forme de murmure et d'ombre sur les yeux de Jupiter.
La ruse de Junon réussit; Jupiter aperçoit son épouse: il se sent
épris d'elle aussi vivement que le jour où ils furent unis par l'Amour
à l'insu de Saturne et du père des dieux. Un nuage descend sur le
gazon de l'Ida, germant le lotus, le safran, l'hyacinthe.
Le Sommeil ferme les yeux des divins époux; il profite de cet
assoupissement de Jupiter pour aller réveiller les Grecs et les
ramener contre les Troyens. Les combats recommencent. Hector est
écrasé sous une pierre énorme lancée par Ajax. Ses compagnons
l'emportent, respirant à peine, dans Ilion.
Jupiter, en se réveillant, s'indigne contre Junon, la gourmande avec
mépris et injure, et lui ordonne de retourner au ciel. «Aussitôt, dit
le poëte, la belle Junon, docile aux ordres de son époux, vole des
sommets de l'Ida jusque dans le vaste Olympe. «Ainsi s'élance la
pensée de l'homme qui jadis a parcouru de nombreuses contrées; il se
les retrace dans son esprit avec une mémoire intelligente, se disant:
J'étais ici, j'étais là, et se représentant une foule de souvenirs.
Aussi rapide s'élançait l'impatiente Junon, etc., etc.»
Ne diriez-vous pas une comparaison écrite d'hier par un poëte
spiritualiste qui fait disparaître devant la pensée l'espace, la
distance, le temps?