XXIII

Tout se trouble à la voix d'Hector. «Comme les flocons épais de la

neige se pressent de tomber, dans la saison d'hiver, jusqu'à ce

qu'elle couvre les flancs élevés des montagnes et leurs crêtes

dentelées, et les plaines fertiles, et les riches semences du

laboureur, elle s'amoncelle sur les portes et sur les plages de la mer

écumeuse, où les vagues tièdes les balayent promptement; mais tout le

reste en est revêtu tant que pèse sur le sol la neige de Jupiter;

ainsi volent et tombent les pierres sans nombre, les unes frappant les

Troyens, les autres écrasant les Grecs, etc., etc.» Les succès et les

revers se balancent.

Admirez en quels termes le poëte distrait du champ de carnage par le

charme intime d'une image domestique:

«Telle qu'une femme juste, qui vit de l'oeuvre de ses doigts, prenant

sa balance, place d'un côté le poids et de l'autre la laine filée,

afin de rapporter à ses petits enfants son modique salaire, tel le

sort du combat se balance, etc., etc.»

Dans quel poëte moderne trouverez-vous une comparaison pareille, tout

à la fois si gracieuse, si intime, si tendre, et cependant si hardie

et si neuve par le lieu où elle est aventurée par le poëte antique?

Plus on est intelligent de ce qui est la moelle de l'homme dans la

poésie, plus on s'anéantit devant de pareilles simplicités, qui sont

en même temps de pareilles audaces.

Hector saisit une pierre énorme, «large à la base, conique au sommet;

deux hommes forts, tels qu'ils existent aujourd'hui, ne pourraient

l'arracher du sol pour la placer sur un chariot. (Voyez comme la

tradition de la diminution même physique de l'homme est primordiale!)

Hector la balance facilement à lui tout seul; ainsi le berger porte

légèrement et d'une seule main la toison d'un bélier!...»

La porte est enfoncée, les Troyens pénètrent dans l'enceinte fortifiée

des Grecs. Hector, à la tête des Troyens, se précipite impétueux sur

les Grecs, «semblable à la pierre arrondie, détachée du rocher natal,

que le torrent roule sur sa pente, lorsque, grossi par une longue

pluie, il a défoncé les appuis de cette énorme pierre; elle roule en

bondissant, et ses bonds font retentir la forêt; elle court avec

impétuosité jusqu'à ce qu'elle arrive à la plaine; alors elle cesse de

rouler, malgré son élan rapide; tel est Hector, etc.»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 47 / 177 题