Écoutez maintenant la description du char d'Hector poursuivant les
Grecs. «Il dit et presse les coursiers du fouet retentissant; les
coursiers, obéissant à la main qui les flagelle, entraînent sans
effort le char au milieu de la mêlée des Troyens et des Grecs. Leurs
pieds foulent les cadavres et les boucliers, l'essieu tout entier est
souillé de sang; le sang tache aussi les anneaux d'airain qui tiennent
au timon; les gouttes sanguinolentes que font éclabousser les jantes
des roues et les sabots des chevaux rejaillissent et se collent sur
ces anneaux.»
Ajax, le rival d'Achille en valeur, aperçoit Hector, en est épouvanté,
recule et se perd dans la foule, n'osant se mesurer au fils de Priam.
«Tel un lion affamé que les chiens et les bergers repoussent loin de
l'étable; ils veillent toute la nuit de peur que le lion ne se
repaisse de la chair de leurs grasses génisses. En vain le lion altéré
de sang rôde et se précipite sur l'enceinte; mille dards acérés sont
lancés à la fois contre lui par des mains courageuses; des torches
sont allumées, et l'animal, malgré sa rage impétueuse, s'épouvante de
leurs lueurs; enfin, quand le jour commence à se lever, il s'éloigne
triste dans son coeur; tel Ajax, etc.»