XIX

De son côté Hector ne dort pas dans son camp; il envoie un espion,

nommé Dolon, observer de près les vaisseaux. Diomède et Ulysse se

cachent derrière les cadavres dans la plaine et se laissent dépasser

par le Troyen «de toute la longueur du sillon que tracent dans une

terre grasse deux mules plus agiles que les boeufs à traîner la

pesante charrue.» Dolon, poursuivi par eux, les aperçoit et veut leur

échapper. «Mais, tels que deux limiers à la dent cruelle, exercés à la

chasse, poursuivent, sans relâche et sans répit, à travers une contrée

boisée, soit un lièvre, soit un faon timide qui fuit en bêlant; tels,

etc.»

Dolon, atteint et interrogé, trahit les secrets d'Hector et n'en est

pas moins immolé avant qu'il _ait pu toucher avec la main le menton_

de Diomède, geste qui rendait le prisonnier sacré.

Les deux héros pénètrent dans le camp, y font un sanglant carnage,

enlèvent les coursiers du roi Rhésus, allié des Troyens. Ils les

ramènent au camp, «et, après s'être baignés et parfumés d'une huile

onctueuse, ils s'asseyent pour prendre leur repas et puisent dans les

jarres pleines un vin délectable.»

La bataille s'engage au lever de l'aurore. Chaque coup de lance dans

la mêlée retentit comme un écho dans le vers. Nous ne reviendrons pas

sur ces scènes trop prolongées d'Homère. «Tels que des moissonneurs,

parcourant des sillons d'orge ou de froment dans les domaines d'un

homme opulent, courbent les gerbes en monceaux, tels tombent les

Troyens et les Grecs. Tant que dure le matin et que s'élève l'astre

sacré du jour, la foule jonche le sol; mais, à l'heure où le bûcheron

apprête son repas dans les clairières de la forêt, quand ses bras se

sont fatigués à couper les grands arbres et que le besoin de prendre

une salutaire nourriture se fait sentir, alors, etc.»

Remarquez avec quelle complaisance habile et gracieuse à la fois

Homère rappelle l'esprit détendu de l'horreur des combats aux plus

sereines scènes de la vie rurale!

Agamemnon, héros de ce chant, égale Achille et fait tout succomber ou

tout fuir devant lui. Hector même est blessé et rentre au camp.

Ulysse, après de nombreux exploits, est cerné par les Troyens, «comme,

sur le sommet d'une montagne, des loups carnassiers, altérés de sang,

entourent un cerf blessé par la flèche d'un chasseur; mais le cerf lui

a échappé en courant d'un pas rapide, tant qu'un sang encore tiède

coule de sa blessure et que ses genoux peuvent le porter; enfin,

lorsqu'il s'arrête énervé par la douleur aiguë, les loups féroces des

montagnes vont le dévorer sous le bois ténébreux; mais si le hasard

conduit en ces lieux un lion redouté, soudain les loups s'enfuient et

le lion se rue sur leur proie!»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 43 / 177 题