Nous avons laissé, à la fin du sixième chant, les Troyens réunis aux
portes Scées, discourant sur le sort de leur ville pendant qu'Hector
et Pâris s'élançaient de nouveau dans la plaine pour combattre les
Grecs. Le septième et le huitième chant, bien que chantés avec la même
sublimité de vers, n'ajoutent rien à l'intérêt de la situation épique.
Ce sont toujours ces défis et ces combats un peu fastidieux pour des
lecteurs à trois mille ans de ces événements, mais qui devaient avoir
un immense intérêt national pour les différentes peuplades de la
Grèce, de l'Ionie et de l'Archipel, constamment citées, décrites,
célébrées dans leurs ancêtres par le poëte.
Hector défie en combat singulier le plus audacieux des chefs de la
Grèce; Ménélas se présente; Nestor et Agamemnon ne le jugent pas de
force à combattre le héros troyen. On tire au sort, dans un casque,
parmi un certain nombre de noms fameux, le nom de celui qui aura la
gloire de lutter contre Hector. Le nom d'Ajax, ami d'Achille, sort de
l'urne. Ajax et Hector combattent entre les deux camps sans que la
victoire se décide pour l'un ou pour l'autre. Jupiter les enveloppe
d'une nuée ténébreuse pour suspendre divinement le combat. Les deux
héros, lassés, mais non blessés, se séparent en se faisant des
présents magnifiques. Ils se rendent généreusement justice l'un à
l'autre. Cette générosité, que nous appellerions aujourd'hui
chevaleresque, atteste que la chevalerie, cette grâce dans l'héroïsme,
était inventée bien avant les moeurs arabes et chrétiennes, et qu'elle
était sortie du coeur de l'homme, même dans les temps que nous nommons
barbares, comme une beauté innée des sentiments humains, beauté qui
n'a pas d'autre date que celle du coeur humain lui-même.