Les Grecs, après ce combat singulier, héroïque, mais sans issue,
éprouvent dans une mêlée générale une demi-défaite qui les refoule au
bord de la mer, derrière une enceinte de fossés et de palissades
qu'ils ont construits pour protéger leurs vaisseaux. Les Troyens
campent, vainqueurs, sur le champ de bataille reconquis, derrière le
Simoïs. Le huitième chant se termine par une de ces comparaisons
larges, splendides, saisissantes, qui jettent sur les tableaux
d'Homère un vernis éclatant.
«Ainsi parle Hector, et les Troyens applaudissent à ses paroles par
une grande clameur. Aussitôt ils soulagent du joug les chevaux baignés
de sueur, et chaque guerrier les attache à son char par des
courroies.... Les Troyens, fiers de leur victoire, reposent, pendant
toute la nuit, sur le champ de bataille, à la lueur des feux qu'ils
ont allumés.
«Ainsi, lorsque, dans le firmament, à la lueur de la lune argentée,
les radieuses étoiles scintillent, lorsque les vents se taisent dans
les airs et que la transparence de la nuit laisse découvrir au loin
les collines, les vallées, les hautes cimes des montagnes, le vaste
espace des cieux qui s'étend devant nous laisse apercevoir tous les
astres, et le coeur du berger est plein de joie... Ainsi brillent çà
et là les feux que les Troyens ont allumés devant Ilion et le Xanthe
aux flots rapides. Mille foyers resplendissent à travers la plaine; la
vive lueur de chacun de ces feux éclaire cinquante guerriers assis à
l'entour, et les chevaux qui broient l'orge blanche et l'avoine
attendent auprès des chars que l'Aurore remonte sur le trône des
cieux.»