Les coursiers, ces combattants auxiliaires de l'homme, jouent dans les
batailles un rôle presque égal à celui des héros. Homère les décrit en
peintre équestre et les chante en poëte convaincu de l'intelligence,
du coeur, de l'héroïsme des animaux, avec tous les détails de leur
race, de leur éducation, de leur nourriture, de leur attelage aux
chars de guerre.
Vénus elle-même, en voulant dérober son favori Énée à la mort, est
blessée à la main par Diomède; elle remonte au ciel et se plaint à
Jupiter. Jupiter la réprimande amoureusement de son imprudence. Mars,
le dieu de la guerre, va encourager les Troyens dans leurs murs. Le
vaillant Hector, fils belliqueux de Priam, ramène les siens au combat.
Le choc est terrible: «Comme le vent, dans une aire où l'on bat le
froment consacré, lorsque la blonde Cérès sépare au souffle des
zéphyrs le grain de son écorce légère, comme on voit alors blanchir
tous les lieux voisins, de même les combattants sont couverts d'une
blanche poussière! Elle tourbillonne jusqu'à la voûte solide des
cieux, sous les pas des chevaux qui revolent aux combats.»
Les Grecs plient devant Hector.
Junon s'attendrit sur leur sort. Elle fait atteler par Hébé son char
de guerre céleste, dont la description technique attesterait seule
qu'Homère avait été apprenti chez l'armurier consommé Tychius. Pallas
monte avec Junon sur ce char.
«Autant qu'un homme assis sur un roc élevé découvre d'espace dans
l'horizon quand il regarde la mer azurée, autant les coursiers divins
en franchissent d'un bond!» Les deux déesses forcent Mars blessé à
abandonner les Troyens pour aller se faire panser dans le ciel.
Le combat reprend au sixième chant avec une abondance de détails et
une continuité de meurtres qui fatigue déjà le lecteur. Des harangues
injurieuses, échangées entre les guerriers des deux camps, en
accroissent la monotonie. On sent l'ennui, ce poison presque
inévitable des longues épopées. Mais les Grecs contemporains ou
survivants d'Homère ne devaient pas le sentir, parce que tous ces
héros étaient leurs ancêtres, tous ces dieux leurs dieux. Mais là est
le vice des poëmes nationaux; ils n'ont plus, après un certain temps,
le même intérêt pour tous les hommes. Le coeur humain et la nature
sont seuls d'un attrait universel et qui se renouvelle avec tous les
temps.