IX

La scène du quatrième chant est dans l'Olympe. Jupiter, enivré de

nectar par Hébé, défie Junon son épouse en lui vantant le succès de la

protection de Vénus en faveur de Pâris et des Troyens. Junon,

humiliée, défend encore Ilion, capitale de son culte. Jupiter consent

à l'intervention de Minerve pour provoquer les Troyens à rompre les

premiers la trêve, afin de les prendre en faute et d'avoir le droit de

les abandonner. La descente de Minerve sur la terre est peinte d'un

coup de pinceau qui fend le ciel de la nuit. «Tel qu'un astre nouveau

que Jupiter, fils de Saturne, fait resplendir tout à coup aux yeux des

nautonniers ou d'une nombreuse armée, globe éblouissant d'où

jaillissent mille lueurs, ainsi Pallas fond d'en haut sur la terre,

balançant son vol entre les Troyens et les Grecs.»

Pallas se transfigure; elle persuade à _Pandarus_, héros auxiliaire

des Troyens, de lancer une flèche contre Ménélas. Pandarus, homme de

peu de sens, obéit. Écoutez par quelle étrange et pittoresque

diversion d'esprit le poëte, descriptif autant qu'épique, reporte

l'attention d'un combat à une chasse.

«Soudain, dit-il, Pandarus empoigne son arc poli, fait avec les cornes

d'une chèvre sauvage que lui-même avait frappée au poitrail pendant

qu'elle s'élançait de la crète d'un rocher. Le guerrier, qui l'épiait

caché dans l'ombre, lui traversa le flanc. Elle tomba à la renverse

sur le roc; ses cornes, hautes de seize palmes, s'élevaient au-dessus

de son front. Un ouvrier consommé les lima avec soin pour les rendre

luisantes, les souda et dora leurs pointes. Pandarus, pour tendre avec

plus de force cet arc, l'appuie par un bout en inclinant l'autre sur

la terre, etc.»

Quelle imagination résisterait à des tableaux si achevés et si ciselés

de vérité! tableaux jetés en passant dans une comparaison ou dans un

détail technique qui éblouit l'oeil sans le distraire, comme l'écume

marque sur la vague qui emporte le vaisseau le sillage du navire sans

arrêter le navigateur! Suivez encore:

«Pandarus ajuste la flèche avec la corde, il tire à lui à la fois la

corde et le cran de la flèche, il fait toucher le fil de boyau à sa

poitrine et le fer aigu de la flèche à la corne de l'arc. À peine

a-t-il tendu cet arc immense et recourbé, l'arc résonne, la corde

vibre; la flèche acérée siffle et vole ardente à percer le groupe des

Grecs.»

Ménélas, à peine atteint à travers son bouclier, voit un filet de sang

couler sur ses cuisses. Écoutez par quelle autre comparaison

inattendue le poëte détend ici lui-même l'anxiété de l'imagination de

ses auditeurs, tout en peignant les moeurs de l'Ionie où il est né:

«Ainsi, quand une femme de Carie ou de Méonie a coloré en pourpre les

plaques d'ivoire destinées à parer la tête des coursiers, beaucoup de

guerriers désirent les posséder; mais ces ornements précieux, réservés

à un roi, seront un jour tout à la fois la parure et l'orgueil de son

maître. Ainsi, ô Ménélas! le sang colora tes cuisses, tes jambes, et

ruissela jusque sur tes pieds.»

Agamemnon, son frère, s'apitoie en termes d'une héroïque élégie sur le

héros blessé; la Bible n'a pas d'accents plus naïfs ou plus

miséricordieux. Il n'y a pas une noble tendresse du coeur humain qui

n'ait sa note sur le clavier d'Homère; il ne charme pas, il n'émeut

pas seulement, il pétrit le coeur humain de vertus naturelles. On ne

le lit aux jeunes gens que comme cours de poésie, on devrait le leur

lire comme cours de bonté et de morale.

X

L'habile médecin, Machaon, panse la blessure. L'opération est décrite

avec le pieux respect qu'inspirait déjà, du temps d'Homère, ces fils

d'Esculape, au coeur de femme et à _la main divine_, qui soulagent les

douleurs des hommes.

Tout le reste du chant est employé par Agamemnon à parcourir le camp

et à encourager les confédérés par de belles harangues militaires.

L'armée se groupe et s'ébranle; écoutez le tumulte de tant de pas:

«Comme sur la plage sonore les vagues de la mer s'accumulent et se

déroulent les unes sur les autres au souffle du vent du midi; elles

commencent à s'élever dans la pleine mer et viennent se briser en

mugissant sur le rivage; là, s'arrondissant autour des écueils, elles

se gonflent et rejettent au loin la blanche écume; de même se

succèdent les rangs épais des Grecs marchant au combat. Les Troyens,

au contraire, sont comme de nombreuses brebis qui, dans l'étable d'un

homme opulent, pendant qu'on trait de leurs mamelles le lait éclatant

de blancheur, poussent de longs bêlements en entendant les cris de

leurs agneaux séparés des mères, etc.»

Je passe la bataille, semblable à toutes les batailles, mais diversifiée

au cinquième chant par des épisodes et des attendrissements de poëte qui

mêlent à propos les larmes au sang, l'humanité à la fureur, la pitié à

la gloire. Les divinités s'y confondent aux hommes, pour prendre la part

du ciel et du destin aux événements de la terre. Le chantre s'arrête à

chaque instant pour faire respirer le lecteur dans des comparaisons

lentement déroulées qui reportent l'âme à des scènes champêtres ou

maritimes:

«Diomède s'élance; tel un lion, hardi de coeur, franchissant les

palissades d'une bergerie, fond sur les brebis à la laine épaisse;

s'il est légèrement blessé, mais non terrassé par le berger qui les

défend, sa rage et sa vigueur s'accroissent de sa blessure. À cet

aspect, le berger, cessant de défendre son troupeau, se cache lui-même

dans le bercail, tremblant de rester au grand jour; les brebis,

groupées par la terreur, se pressent les unes contre les autres,

tandis que le lion plus ardent bondit dans le vaste enclos, etc.»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 34 / 177 题