Le portrait qu'Hélène fait de la sagesse d'Ulysse est relevé par le
portrait qu'Anténor, autre fils de Priam, fait de son éloquence.
«L'éloquence de Ménélas, dit-il, était brève; il parlait peu, mais
fortement; toujours sobre, il ne divaguait point hors de la question,
bien qu'il fût le plus jeune. Quand au contraire le sage Ulysse se
levait pour parler, immobile, les yeux baissés, les regards attachés à
la terre, il tenait son sceptre sans mouvement dans sa main sans le
balancer à droite et à gauche, comme un adolescent novice dans son
art; vous auriez cru voir un homme foudroyé de colère ou bien un
faible idiot; mais, aussitôt que sa voix harmonieuse s'échappait de
son sein, ses paroles se précipitaient semblables à d'innombrable
flocons de neige dans la saison d'hiver!»
Les héros viennent inviter le vieux Priam à descendre dans la plaine
pour sceller la trêve par ses serments. Son char, guidé par Anténor,
l'emporte au milieu des deux armées. Il se retire aussitôt après dans
Ilion, pour ne pas assister au combat où son fils Pâris peut perdre la
vie sous ses yeux. Le combat s'engage; Pâris, blessé par Ménélas, va
succomber; Vénus, qui protége ce beau ravisseur, le dérobe sous une
nuée miraculeuse au glaive de Ménélas. Hélène, indignée de la fuite de
Pâris, rentré dans son palais à peine effleuré d'une légère blessure,
refuse de le voir. Mais Vénus (la passion) contraint Hélène à
pardonner à son époux et à l'aimer encore pour sa seule beauté. Pâris
l'attendrit par de douces paroles. «Jamais, dit-il, tant de désirs
n'ont enivré mon âme, même le jour où, porté sur mes vaisseaux agiles,
je te ravis de la gracieuse Lacédémone, et que dans l'île de _Cranaé_
l'amour et le sommeil nous réunirent.» Il l'entraîne vers la chambre
nuptiale, où ils reposent ensemble sur une couche d'or pendant que
Ménélas le cherche encore sur la poussière pour l'immoler.