VIII

Le portrait qu'Hélène fait de la sagesse d'Ulysse est relevé par le

portrait qu'Anténor, autre fils de Priam, fait de son éloquence.

«L'éloquence de Ménélas, dit-il, était brève; il parlait peu, mais

fortement; toujours sobre, il ne divaguait point hors de la question,

bien qu'il fût le plus jeune. Quand au contraire le sage Ulysse se

levait pour parler, immobile, les yeux baissés, les regards attachés à

la terre, il tenait son sceptre sans mouvement dans sa main sans le

balancer à droite et à gauche, comme un adolescent novice dans son

art; vous auriez cru voir un homme foudroyé de colère ou bien un

faible idiot; mais, aussitôt que sa voix harmonieuse s'échappait de

son sein, ses paroles se précipitaient semblables à d'innombrable

flocons de neige dans la saison d'hiver!»

Les héros viennent inviter le vieux Priam à descendre dans la plaine

pour sceller la trêve par ses serments. Son char, guidé par Anténor,

l'emporte au milieu des deux armées. Il se retire aussitôt après dans

Ilion, pour ne pas assister au combat où son fils Pâris peut perdre la

vie sous ses yeux. Le combat s'engage; Pâris, blessé par Ménélas, va

succomber; Vénus, qui protége ce beau ravisseur, le dérobe sous une

nuée miraculeuse au glaive de Ménélas. Hélène, indignée de la fuite de

Pâris, rentré dans son palais à peine effleuré d'une légère blessure,

refuse de le voir. Mais Vénus (la passion) contraint Hélène à

pardonner à son époux et à l'aimer encore pour sa seule beauté. Pâris

l'attendrit par de douces paroles. «Jamais, dit-il, tant de désirs

n'ont enivré mon âme, même le jour où, porté sur mes vaisseaux agiles,

je te ravis de la gracieuse Lacédémone, et que dans l'île de _Cranaé_

l'amour et le sommeil nous réunirent.» Il l'entraîne vers la chambre

nuptiale, où ils reposent ensemble sur une couche d'or pendant que

Ménélas le cherche encore sur la poussière pour l'immoler.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 33 / 177 题