VII

Le troisième chant fait marcher cette armée au milieu de la poussière

qu'elle soulève, et que le poëte compare aux brouillards élevés sur

les montagnes par le vent du midi.

_Pâris_, le beau ravisseur d'Hélène, sort de la ville et rencontre au

premier rang des Grecs Ménélas, dont il a ravi l'épouse. Ménélas le

provoque en vain; Pâris, dont la beauté martiale déguise mal la

lâcheté, s'enfuit et se perd dans la foule des Troyens. Son frère

Hector, autre fils de Priam, lui reproche durement son crime et sa

faiblesse. Pâris s'excuse et demande à combattre en présence des deux

armées contre Ménélas. Hector porte cette proposition aux Grecs; ils y

consentent. Les deux armées s'arrêtent immobiles et heureuses de cette

trêve.

Le poëte, pendant cette suspension d'armes, reporte l'esprit dans la

ville de Priam, aux portes Scées. «Là,» dit-il dans son inépuisable

fertilité d'analogies, charme de l'intelligence, «là, Priam et les

vieillards de la ville étaient assis sur la plate-forme au-dessus de

la ville. Pleins d'expérience, ils discouraient ensemble, semblables à

des cigales qui, sur la cime d'un arbre, font résonner la forêt de

leur mélodieuse voix.»

La belle Hélène, sortie de son palais pour contempler le combat,

affligée des malheurs qu'elle cause, compatit aux peines de Priam,

s'agenouille devant lui et lui nomme un à un les principaux chefs des

Grecs, à mesure qu'ils défilent sous ses yeux dans la plaine. Chacun

de ces portraits laisse une empreinte vivante dans l'imagination.

L'idée de faire décrire au vieux Priam par la coupable et malheureuse

Hélène, cause de cette guerre, les guerriers qui vont tout à l'heure

immoler ses fils et l'immoler lui-même et brûler son palais, est un

trait du pathétique qui fait de cette revue tout un drame. L'invention

de l'esprit n'est point féconde, l'invention du coeur donne seule la

vie. On sent partout qu'Homère invente comme la nature, c'est-à-dire

en _sentant_ ce qu'il _pense_ et en _pensant_ ce qu'il _sent_. C'est

la différence entre le poëte purement ingénieux et le poëte créateur;

l'un fait admirer son esprit, l'autre communique son âme. Homère est

immortel comme il est universel, parce qu'il est l'âme de tous

impressionnée et exprimée dans un seul.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 32 / 177 题