Le troisième chant fait marcher cette armée au milieu de la poussière
qu'elle soulève, et que le poëte compare aux brouillards élevés sur
les montagnes par le vent du midi.
_Pâris_, le beau ravisseur d'Hélène, sort de la ville et rencontre au
premier rang des Grecs Ménélas, dont il a ravi l'épouse. Ménélas le
provoque en vain; Pâris, dont la beauté martiale déguise mal la
lâcheté, s'enfuit et se perd dans la foule des Troyens. Son frère
Hector, autre fils de Priam, lui reproche durement son crime et sa
faiblesse. Pâris s'excuse et demande à combattre en présence des deux
armées contre Ménélas. Hector porte cette proposition aux Grecs; ils y
consentent. Les deux armées s'arrêtent immobiles et heureuses de cette
trêve.
Le poëte, pendant cette suspension d'armes, reporte l'esprit dans la
ville de Priam, aux portes Scées. «Là,» dit-il dans son inépuisable
fertilité d'analogies, charme de l'intelligence, «là, Priam et les
vieillards de la ville étaient assis sur la plate-forme au-dessus de
la ville. Pleins d'expérience, ils discouraient ensemble, semblables à
des cigales qui, sur la cime d'un arbre, font résonner la forêt de
leur mélodieuse voix.»
La belle Hélène, sortie de son palais pour contempler le combat,
affligée des malheurs qu'elle cause, compatit aux peines de Priam,
s'agenouille devant lui et lui nomme un à un les principaux chefs des
Grecs, à mesure qu'ils défilent sous ses yeux dans la plaine. Chacun
de ces portraits laisse une empreinte vivante dans l'imagination.
L'idée de faire décrire au vieux Priam par la coupable et malheureuse
Hélène, cause de cette guerre, les guerriers qui vont tout à l'heure
immoler ses fils et l'immoler lui-même et brûler son palais, est un
trait du pathétique qui fait de cette revue tout un drame. L'invention
de l'esprit n'est point féconde, l'invention du coeur donne seule la
vie. On sent partout qu'Homère invente comme la nature, c'est-à-dire
en _sentant_ ce qu'il _pense_ et en _pensant_ ce qu'il _sent_. C'est
la différence entre le poëte purement ingénieux et le poëte créateur;
l'un fait admirer son esprit, l'autre communique son âme. Homère est
immortel comme il est universel, parce qu'il est l'âme de tous
impressionnée et exprimée dans un seul.