Il y était.
Quand tout à coup, dans la foule des visages tendus vers les assistants,
j’ai aperçu sa tête brune, des larmes de plaisir me sont montées aux
yeux. Je suis si nerveuse en ce moment!
Malgré la cohue, tout de suite, il avait découvert ma personne menue.
J’ai surpris dans ses yeux un éclair qui m’a fait tressaillir toute. Sa
main m’a saisie et attirée hors de la foule, et j’ai attendu les mots
dont j’avais soif:
--Ma chérie, ma chérie, ma précieuse petite... Enfin vous voilà!... Mon
amour, c’est exquis de vous retrouver!
Oui, c’était exquis... Même au milieu de ces étrangers, même dans ce
vilain décor, banal et bruyant! Vraiment, quelques secondes, nous avons
été aussi seuls qu’à la Maloja, devant les montagnes géantes...
Heureusement pour «ma considération» j’ai repris conscience,--grâce au
passage d’un chariot de malles!--que Céline, ma camériste, m’attendait à
quelques pas, discrète et curieuse, flanquée de mon sac de voyage.
Bien vite, j’ai pris, pour tantôt, rendez-vous avec mon ami, afin que
nous dînions ensemble. Et je l’ai congédié sagement. D’autant que, tout
de même, j’avais peur de n’être pas très bonne à voir...
Aussi, revenue dans mon gîte, ravie de me sentir _at home_, je me suis
jetée sur mon lit, derrière mes persiennes closes.
Et, cette fois, vaincue par la fatigue, les nerfs détendus par la joie
de l’avoir revu, j’ai dormi plusieurs heures, de ce sommeil sans rêve
qui est un baume.
Quand, à la fin de l’après-midi, je vais sortir de chez moi, rafraîchie
par le bain, reposée par la longue sieste, habillée avec un soin...
d’amoureuse, je serai plus tranquille que ce matin pour rencontrer les
yeux de mon ami...