2 septembre, 4 heures.

Il y était.

Quand tout à coup, dans la foule des visages tendus vers les assistants,

j’ai aperçu sa tête brune, des larmes de plaisir me sont montées aux

yeux. Je suis si nerveuse en ce moment!

Malgré la cohue, tout de suite, il avait découvert ma personne menue.

J’ai surpris dans ses yeux un éclair qui m’a fait tressaillir toute. Sa

main m’a saisie et attirée hors de la foule, et j’ai attendu les mots

dont j’avais soif:

--Ma chérie, ma chérie, ma précieuse petite... Enfin vous voilà!... Mon

amour, c’est exquis de vous retrouver!

Oui, c’était exquis... Même au milieu de ces étrangers, même dans ce

vilain décor, banal et bruyant! Vraiment, quelques secondes, nous avons

été aussi seuls qu’à la Maloja, devant les montagnes géantes...

Heureusement pour «ma considération» j’ai repris conscience,--grâce au

passage d’un chariot de malles!--que Céline, ma camériste, m’attendait à

quelques pas, discrète et curieuse, flanquée de mon sac de voyage.

Bien vite, j’ai pris, pour tantôt, rendez-vous avec mon ami, afin que

nous dînions ensemble. Et je l’ai congédié sagement. D’autant que, tout

de même, j’avais peur de n’être pas très bonne à voir...

Aussi, revenue dans mon gîte, ravie de me sentir _at home_, je me suis

jetée sur mon lit, derrière mes persiennes closes.

Et, cette fois, vaincue par la fatigue, les nerfs détendus par la joie

de l’avoir revu, j’ai dormi plusieurs heures, de ce sommeil sans rêve

qui est un baume.

Quand, à la fin de l’après-midi, je vais sortir de chez moi, rafraîchie

par le bain, reposée par la longue sieste, habillée avec un soin...

d’amoureuse, je serai plus tranquille que ce matin pour rencontrer les

yeux de mon ami...

La nuit tombe... · 第 60 / 86 题