J’ai écrit, afin de m’informer si le spécialiste qui a soigné plusieurs
femmes que je connais pourrait me recevoir à mon passage à Paris,
demandant que la réponse me soit envoyée chez moi, au Cours-la-Reine.
Car, dans quatre jours, je pars. Les Abriès me précèdent. Ils reviennent
des lacs italiens et voulaient m’y entraîner. Ils ignorent le double
aimant qui m’attire à Paris.
Marinette exulte; parce que, à Lugano, elle va retrouver son _âme-sœur_.
Les Valprince y séjournent, en effet, pour quelques semaines; et Paul,
bien entendu, s’est empressé de satisfaire au désir de Marinette de les
aller rejoindre un moment. Ma petite sœur en éprouve une allégresse qui,
s’unissant à la liquidation de ses flirts à Saint-Moritz, l’absorbe bien
trop pour que j’aie à faire grand effort afin de lui dissimuler ma
préoccupation. Il lui suffit pour le moment de trouver en moi la fidèle
confidente, à qui elle peut tout dire, et elle m’en témoigne son plaisir
avec des mots tendres de petite fille dont je connais maintenant la
valeur et qui, cependant, me sont encore doux à entendre.
O Marinette chérie, tu ne sais pas ton bonheur de pouvoir n’être qu’un
délicieux papillon, voletant dans la joie!
1er septembre.
Demain, je pars.
Tous ces jours-ci, j’ai fait le pèlerinage des endroits que j’ai le plus
aimés. Mais je ne suis retournée ni à Samaden, ni à la Maloja que je
veux conserver, en mon souvenir, comme des visions d’un séjour enchanté
où je ne rentrerai qu’avec _lui_... Si j’y rentre jamais...
Je prends congé des êtres dont l’existence a côtoyé la mienne pendant
les semaines qui s’achèvent et que, pour la plupart, je ne reverrai
jamais... «Partir, c’est mourir un peu...»
Voici le dernier soir où je regarde, sous la lune étincelante, à travers
les vitres, car il fait froid, le beau paysage qui m’est devenu un ami,
tant j’ai songé, mon regard errant sur ses lointains, aussi bien dans
l’éveil rose du matin que sous le bleu crépuscule.
Que de fois, aussi, j’entendrai la houle du vent à travers les sapins,
le bruit frais de l’eau; l’éclat des jeunes voix, au tennis; le rire de
mes «petits» quand ils venaient jouer sous ma fenêtre...
Et avec quelle mélancolie je regretterai cette musique des sons qui me
furent doux...
Ah! que je supporte donc mal les départs!
Petit pays, perché comme une aire au creux de vos montagnes, par combien
de fibres je vous demeurerai attachée!... Cela me fait grand’peine de
vous dire adieu...
Oh! oui, partir, c’est mourir un peu...