Tantôt, une découverte dont je demeure bouleversée.
Je m’habillais. J’ai voulu rattacher le ruban qui serrait les dentelles
sur ma poitrine. Il avait glissé contre la peau. Comme je cherchais à en
saisir l’extrémité, mes doigts ont frôlé ma gorge nue... Et brusquement,
j’ai oublié ruban, dentelle, tout... tout ce qui n’était pas un point,
une invisible grosseur que ma main venait de rencontrer pour la première
fois.
Le cœur soudain battant très vite, j’ai palpé... Sous la peau, qui a
toujours sa pâleur nacrée, il y avait, certainement, quelque chose
d’étrange, de mystérieux,--non point douloureux.
Devant la glace, dans la pleine lumière, j’ai observé mes deux seins.
Ils sont pareils, fermes, ronds... La chair rosée à peine, sur le réseau
léger des veines...
Qu’est-ce que j’ai?... Quel mal inconnu dont l’œuvre jusqu’ici aurait
été de me rendre plus mince encore?...
Des secondes, des minutes, que sais-je? ont coulé tandis que,
obstinément, je considérais ma chair dévoilée, cherchant à en découvrir
le secret. Comme la vie y circulait, ardente! Mes doigts la trouvaient
tiède, toute parfumée dans la dentelle; comme jadis, aux heures où des
lèvres gourmandes la brûlaient de caresses...
Alors... quoi?
Le claquement sec de mon store, battu par la brise, m’a fait relever la
tête.
Dans la glace, je me suis aperçue avec un visage de cire, des lèvres
graves, de grands yeux de créature épouvantée. Et j’ai eu l’impression
d’avoir entrevu un abîme.
A Paris, immédiatement, j’aurais recouru à mon docteur, afin d’avoir une
explication... Ici, je ne puis qu’attendre mon très prochain retour en
France, et écrire à quelque spécialiste sûr, pour demander un
rendez-vous.
Devant cette évidence, je me suis raidie contre mon affolement, bien
résolue à en garder le secret.