Ce matin, Marinette est arrivée dans ma chambre, tandis que, les épaules
nues, je finissais de m’habiller, ayant changé de blouse. Et elle s’est
exclamée:
--Oh! Viva, tu es de plus en plus mince! Sûrement, tu as maigri Est-ce
que tu es souffrante?
--Non, pas du tout, chérie.
--Et puis, tu n’as plus la belle mine de la semaine dernière!
J’ai eu peur de quelque rapprochement avec le séjour de Meillane. Je
l’ai embrassée et l’ai distraite par une question; ce qui n’a pas été
difficile. Elle est habituée à ce que, dans nos causeries, nous parlions
toujours d’elle, jamais de moi.
Ce que j’ai?... sans doute, je réfléchis trop!
Elle s’est mise à me raconter, avec une gaminerie spirituelle, toute
sorte de menus propos sur les uns et les autres. Je l’écoutais
vaguement, indifférente à ces petites histoires qui l’occupaient très
fort. Mais ce m’était un bien de respirer sa jeunesse, ainsi qu’un
bouquet de roses toutes fraîches.
Elle était dans ses jours de câlinerie tendre. Et elle a prié, au moment
de partir:
--Viva, tu vas être gentille, ne pas faire la sauvage, et tu viendras,
avec nous, goûter tantôt. Tous te réclament.
Et j’ai promis, pour échapper à ma pensée. Mes souvenirs me brisent.
Maintenant, j’ai peur des longues courses solitaires que j’adorais.
Autant que je puis, je reste avec mes deux petits, me laissant accaparer
par leur naïve tendresse qui m’apaise. Mais j’en suis venue à compter
les jours qui me restent à passer avant celui où je pourrai me réfugier
auprès de _lui_!