16 août, minuit.

Y a-t-il sous ce toit qui nous abrite, tous passants dans la montagne,

une autre créature qui, ce soir, ait contemplé la nuit avec les yeux

extasiés qui sont les miens?

Ai-je rêvé?... Ou bien est-ce dans une réalité divine que le bonheur m’a

tout à coup montré son visage oublié?

Ai-je rêvé que, fidèle à la promesse qui m’avait été arrachée, j’étais

ce matin, à l’heure convenue, devant la voiture de poste qui devait nous

emporter à la Maloja? Car un réveil de mon expérience me faisant

redouter la douceur du long tête-à-tête dans l’intimité d’une voiture,

j’avais exigé que nous prenions la «poste» de Chiavenna où nous étions

en société nombreuse.

A son tour, il avait cédé... mais retenu les places qui nous mettaient

hors de la bande des touristes italiens, allemands, anglais qu’emmenait

la pittoresque voiture; pareille à quelque berline du siècle passé, avec

sa caisse couleur de paille et ses coussins de velours pourpre.

Et dans l’éblouissant matin que le soleil sablait d’or, nous sommes

partis, ébranlant les vieux pavés du pas de nos quatre chevaux dont les

grelots sonnaient, dans l’air vibrant de clarté.

Nous avons dévalé la côte qui descend vers le lac. Nous avons laissé,

derrière nous, sa fluide émeraude où les arbres allongeaient leurs

ombres, et pris la route qui s’ouvrait comme un chemin de lumière, sur

la rive de l’Inn, bondissante sous l’écume, à travers des plaines de

velours.

Alors le rêve m’a envahie. Du plus profond de mon cœur, ainsi que d’un

abîme, est montée la volonté souveraine de m’enfermer dans le présent

qui m’apportait une béatitude inouïe et faisait de moi--pour quelques

heures!--ce que, jamais plus, je n’aurais cru pouvoir être, une femme

heureuse. Oui, follement heureuse parce qu’elle oubliait!...

De tous les êtres, un seul existait pour moi, qui lui aussi, en ce matin

radieux, appartenait tout entier à une créature unique.

Oh! comme la certitude m’en pénétrait, sans que nous eussions prononcé

un mot qui en effleurât même, le secret! En ce premier moment, le

sentiment de sa présence me suffisait; et aussi la pensée que, pendant

des heures, nous allions être seuls, parmi des inconnus, dont

j’entendais, ravie, le langage étranger. Car ces mots que je ne

comprenais pas avivaient ma conscience d’être bien isolée avec mon ami.

Aussi, quels trésors de sympathie je déversais sur le vieux couple

allemand et sur le jeune couple italien--très amoureux!...--sur trois

Anglaises, fraîches et garçonnières qu’accompagnaient de robustes jeunes

hommes qui lançaient joyeusement la fumée de l’inévitable pipe à travers

l’atmosphère de cristal bleu. Ma lassitude, que la nuit, à peu près sans

sommeil, n’avait pu dissiper, se laissait bercer par la course rapide

des chevaux, par la brise qui fouettait mon visage, par la changeante

vision du décor merveilleux. Avec les prairies, les forêts de sapins,

déchirées sur des vallées souriantes. Des lacs verts, des lacs bleus,

d’une limpidité prodigieuse, à peine ridés d’ondulations nonchalantes,

pailletés d’aigrettes qui scintillent sur le reflet sombre de la

montagne boisée, sur le reflet d’argent des crêtes de neige.

Nous parlons très peu. Mon ami, je le crois bien, se tait pour respecter

le silence extasié où je m’absorbe, reposée par le sentiment qu’il est

près de moi.

Si une instinctive correction ne m’arrêtait, je glisserais, comme font

les enfants, ma main dans les siennes pour sentir sa présence, plus fort

encore. Mais, de vieille date, les convenances m’ont disciplinée; et

seulement, je tourne, par instant, la tête vers lui, pour qu’il soit

bien sûr que je ne l’oublie pas. Alors je rencontre ses yeux attentifs,

songeurs, un peu graves... mais où je lis tout ce que je souhaite pour

demeurer la créature enivrée qui se laisse emporter dans une sensation

de rêve.

Confusément, en mon âme, telles des ombres sur un écran lumineux, des

figures passent, lointaines: père, Marinette, ma petite fille

d’autrefois, mes amis parisiens, même mon cruel époux; et, errant parmi

tous, une mince jeune femme aux yeux moqueurs et tristes, au sourire

sceptique qui, sous un air de spectatrice indifférente ou curieuse,

promène un cœur désespérément triste.

Je la connais bien, cette jeune dame désenchantée. C’est la vraie

Viva... Celle qui était hier. Celle qui sera demain.

Mais aujourd’hui, je n’ai rien de commun avec elle. Pour quelques

heures, je suis une heureuse qui, jalousement, garde contre les fantômes

son fragile bonheur.

A Sils Maria, un arrêt m’arrache à ma songerie. Encore une fois, je me

tourne vers lui, un peu confuse de m’être ainsi laissé absorber par mon

rêve, dont il est l’âme. Et avec un sourire qui demande grâce, je prie:

--Ne me trouvez pas bien impolie de causer si peu! Mais mon «moral» est

un convalescent, au sortir d’une crise... Et, vous savez, les

convalescents sont des égoïstes, ils ne songent tout d’abord,

paresseusement, qu’au bien-être de retrouver la saveur de la vie...

--Je sais... Je sais... Ne vous préoccupez pas de moi qui suis, ce

matin, un mortel privilégié...

Lui aussi...

--... Et soyez comme il vous est bon, ma précieuse petite

convalescente... Pour parler comme vous! Car vous n’avez pas du tout une

mine de convalescente!... Vous avez l’air d’une gamine très fraîche...

--C’est la brise!

--Ah bien, alors, madame, que votre coquetterie rende grâce à la brise.

Quelle vivacité joyeuse il y a dans sa voix et... d’affection dans les

yeux qui me contemplent!

--Vous n’avez pas trop chaud?... Vous êtes bien?

--Oh! oui, si bien!... Cette lumière est idéale! C’est celle de

Samaden...

--Ah! Samaden!... Le bois de mélèzes où je vous ai retrouvée!

Je murmure, songeant:

--Je voudrais encore être à ce jour-là!

--Pourquoi?

--Parce que c’était un commencement. Le commencement du bon rêve.

Maintenant c’est la fin!

--Ne parlez pas de «fin»... Entre nous, c’est un mot qui ne peut plus

exister.

Ce qu’il dit là est si vrai! Oui, la vie va nous séparer. Mais le lien,

le cher lien ne se brisera pas, tissu par ce qu’il y a vraiment de

meilleur en nous.

Un des premiers soirs où nous ayons _bien_ causé, il m’a dit, parlant de

sa mère: «Même de loin, nous sommes unis.» Je la comprends maintenant

cette parole qui, alors, m’avait paru un peu vaine. Même séparés, nous

resterons sûrs l’un de l’autre, avec le bienfaisant orgueil d’avoir pu

n’être que des _amis_!

Et cette certitude me pénètre d’une joie telle, que le charme du silence

rompu, je me prends à causer, gaie comme jamais, certes, il ne m’a

encore vue, après qu’une exclamation--combien sincère!--m’est échappée:

--C’est délicieux, que vous m’ayez emmenée... je devrais dire _enlevée_,

ce matin!

--Vous êtes contente de votre promenade, petite amie chère?

--Oh! oui, si contente!... Et vous n’imaginez pas combien il y a de

temps que j’ai pu rien dire de pareil!...

D’un geste rapide, il saisit ma main, la porte à ses lèvres et la laisse

retomber. Tout cela si spontané que nous en sommes stupéfaits l’un et

l’autre, et nous nous mettons à rire.

--Vous allez me compromettre, monsieur mon ami!

Mais il ne se trouble pas et secoue sa tête volontaire:

--Non!... Personne ne songe à nous. Tous sont occupés d’eux-mêmes!

--Parfait, alors!

Et jusqu’à la Maloja, nous sommes gais autant que le groupe des jeunes

Anglaises et des _boys_, dont les rires fatiguent le vieux ménage

allemand et troublent les amoureux italiens.

Pourtant je n’ai plus vingt ans comme ces gamines; et je n’ignore pas

que ce jour doit demeurer unique...

Les chevaux s’arrêtent. C’est la Maloja, la Maloja sauvage; les cimes

écrasantes qui se hérissent les unes derrière les autres et enserrent

l’horizon; les bois accrochés à leurs pentes; la route, toute blanche du

soleil de midi qui s’enfonce, vers l’Italie, dans le noir défilé des

sapins.

Autour de nous s’ébroue la foule des touristes, assaillis par les

guides, par les portiers des quelques hôtels, qui distribuent leurs

menus.

Mon Dieu, est-ce que, dans cette réalité, je vais me réveiller?

Mon ami doit penser comme moi; sans conviction, il me demande:

--Désirez-vous déjeuner maintenant?

--Oh! non!... Je vous en supplie, fuyons tous ces gens... Allons où nous

pourrons mieux savourer cette beauté!

--Venez alors, mon amie.

Et nous partons vite, par un sentier qui, à travers les pins, coupe la

nappe rose des bruyères.

Mais, brusquement, nous sommes devenus graves. Nous ne causons plus. Il

y a trop de silence autour de nous... Dans cette solitude, allons-nous

pouvoir taire encore ce qu’il ne faut pas dire?...

Dans un éclair, je conçois la folie de cette promenade solitaire avec

l’homme qui m’a réveillé le cœur; et sous ma capeline fleurie, je penche

la tête, comme s’il était trop lourd,--lourd de quoi?...--le regard dont

je me sens enveloppée par celui qui marche, sans parler, derrière moi.

Soudain, je m’arrête court. Devant nous, c’est l’abîme, défendu par un

parapet de bois; c’est le ravin gigantesque où s’engouffre un chaos

d’arbres et de roches... Tout autour, les cimes géantes, fuyant à

l’infini, marbres d’ombres de velours, leurs déchirures ouvertes sur des

lointains de pastel.

Et puis le silence. Un silence formidable; mais aussi un silence vivant,

où vibrent des bruissements d’insectes, des vols d’oiseaux, la houle de

la brise dans les sapins, le craquement sec des branches incendiées par

le soleil... Et sur mon visage, le souffle qui sent l’herbe brûlante, la

résine, la neige, les fleurs sauvages...

Il m’a rejointe avec une exclamation:

--Oh! prenez garde, ne vous penchez pas ainsi!

J’entends ma voix prononcer presque bas:

--Ne craignez rien. Jamais je n’ai le vertige...

--Soit!... Mais vous me faites peur. Donnez-moi la main.

J’obéis sans tourner la tête vers lui. Loin devant moi, je regarde.

Je regarde, non pas seulement avec mes yeux, mais avec mon âme, avec

tout ce qu’elle enferme de plus profond, tout ce qui frémit en elle

d’amertume, de regret désespéré, de passion vaine...

--Oh! vous pleurez!... Pourquoi, mon amour?

«Mon amour»... Tout mon être tressaille. Mais je ne suis pas surprise.

Je le savais bien que j’étais son amour...

Sans un mouvement, je laisse la brise emporter les larmes qui ont roulé

sur mes joues.

--Cette beauté me fait mal! Elle me donne, trop forte, la soif des

bonheurs impossibles...

--Moi aussi, j’ai soif de bonheur... Mais... peut-être suis-je bien

audacieux, le bonheur que je rêve ne me paraît pas impossible à

atteindre...

Je ne bouge pas. Sur le parapet de bois, je vois trembler ma main libre,

où les bagues flambent au soleil.

Et la voix ardente continue:

--Viva, mon bonheur, c’est vous... Il me faut _vous_... Viva, vous le

savez, que je vous aime?

Lentement, j’incline la tête.

Cela aussi, je le savais... Mais après?... Comment m’aime-t-il et

qu’attend-il de moi?... Ce que souhaitaient les autres qui m’ont fait

entendre la litanie d’amour?

Encore une seconde de silence... Et il finit:

--Viva, il faut que vous soyez ma femme.

Sa femme! Oh! mon cher ami, c’est sans mensonge, sans mystère qu’il me

voudrait à lui!

Un torrent de joie jaillit en moi, qui bondit pour m’emporter. Où?...

Mais la prisonnière que je suis sent tout de suite la chaîne.

--Je ne suis pas libre!

--Pas encore!... Mais vous allez le devenir, mon cher amour. Hier, vous

m’avez dit que vous le vouliez... Et c’est pourquoi, maintenant, j’ai le

droit de vous supplier de vous confier à moi pour l’avenir...

Un cri me monte du cœur:

--Pour l’avenir?... Est-ce que je puis avoir encore un avenir?... Mon

ami, ô mon ami, c’est insensé, ce que vous voulez là!... Et c’est

l’impossible!

--L’impossible? pourquoi?... Vous m’appelez votre ami, c’est que vous me

donnez de la foi et de l’affection. Et moi, je vous aime tant, Viva, que

vous finirez bien par me donner aussi de l’amour!

Une seconde, mes paupières s’abaissent sur des yeux de créature

éblouie... Au plus intime de mon âme, je regarde...

Puis, tout haut, je songe, lentement, la voix brisée par les coups

haletants de mon cœur:

--Mon ami, vous m’êtes cher comme personne au monde ne l’était plus...

comme jamais je n’aurais imaginé que quelqu’un pût l’être encore...

Mais... mais je ne veux pas, je ne _peux_ pas recommencer la vie que

vous souhaitez, vous qui êtes jeune...

Il m’interrompt d’une exclamation de moquerie tendre:

--Plus vieux que vous, madame.

Mais je secoue la tête, sans sourire.

--Non, pas plus vieux, car vous n’avez pas connu des années pareilles à

celles que j’ai traversées... Elles comptent double, triple, celles-là!

Peut-être, oui, mon visage est jeune encore. Mais mon cœur ne l’est

plus. Trop d’empreintes douloureuses l’ont marqué à vif.

--Mon amour, il faut m’accorder la joie de les effacer. Peu à peu, vous

oublierez et vous guérirez... Et je vous le jure, j’arriverai à faire de

vous une femme heureuse!

Une femme heureuse!... En cette minute, je le suis divinement... Mais

pour combien de temps! Un obscur instinct me clame sans pitié que ce

bonheur inouï sera un éclair...

Et des mots me viennent, imposés par je ne sais quelle puissance

supérieure à ma volonté qui s’élance vers le bonheur réapparu...

--Restez mon ami... Aimez-moi beaucoup... très fort... toujours. Mais

n’amenez pas dans votre vie la créature désabusée que je suis. Ce n’est

pas une femme comme moi qu’il vous faut, mais une jeune fille, une

_vraie_ jeune fille...

Je m’arrête. Lointain, dans mon souvenir, a passé le visage de cette

exquise Marie-Reine dont la jeunesse m’a frôlée un instant.

Puis, la vision s’efface, car la voix chère me répond:

--Viva, aucune jeune fille ne pourrait être ce que vous êtes pour moi.

Ne le sentez-vous pas, ma bien-aimée?... Je vous veux telle que je vous

ai connue.

--C’est-à-dire... comment?...

Il sourit et m’attire doucement, ma main toujours serrée dans la sienne:

--C’est-à-dire... douloureuse... sceptique... tendre... rieuse

quelquefois... capricieuse souvent... et toujours attirante à donner le

vertige aux plus solides! Viva chérie, j’accepte les souvenirs, les

meurtrissures, les empreintes que garde votre pauvre cœur... Viva,

petite adorée, ayez confiance... J’essaierai de vous donner tant de

bonheur que vous ne vous rappellerez plus le passé... Vous serez une

Viva nouvelle, la mienne, ma Viva... Dites, vous voulez bien me

permettre de tenter cela?...

--Ah! je ne sais plus ce que je veux, ce que je crains, ce qui doit

être... Je ne sais plus qu’une chose. C’est qu’à moi, l’isolée, un cœur

est venu qui ne me trahirait jamais, qui m’offre le repos, la chaleur,

la lumière; qui m’offre un trésor sans prix, l’amour rêvé jadis par ma

jeunesse.

Et vaincue,--pour un jour, du moins,--je me laisse envelopper par le

bras qui m’attire. Du mouvement qu’appelait ma faiblesse, j’appuie,

apaisée, ma tête sur la virile épaule; et mon regard se lève vers ce

visage où les yeux me contemplent avec une passion grave et fervente. Il

se penche; dans ses prunelles, j’aperçois, à travers une brume humide,

mon image toute petite...

--Viva adorée, donnez-moi ici le baiser de nos fiançailles...

Je tressaille... Voici des années que des lèvres n’ont touché les

miennes. L’onde du souvenir monte en mon cœur et fuit... Un frisson

secoue tout mon être... Mais je ne me défends pas... Et la caresse frôle

mes paupières, mes joues, puis descend... Et les lèvres tendres, fermes,

ardentes, se posent sur ma bouche, en un baiser profond, pareil à un

sceau...

... Un bruit de voix tout à coup nous ramène à la notion du réel. Des

promeneurs viennent. Nous nous écartons d’un élan si vif qu’aussitôt

nous nous regardons en riant. Mon visage est brûlant; mais lui est pâle,

avec des prunelles où flambe une lueur.

Et je lui glisse, malicieuse:

--Vous aviez dit un baiser et...

--Et vous croyez qu’il y en a eu plusieurs?

--Je n’ai pas compté...

Les promeneurs surgissent; ce sont les jeunes Anglaises de ce matin avec

leur escorte de _boys_.

Peu nous importe. Nous sommes très corrects, des touristes qui

contemplent le paysage. Ils saluent. Nous aussi. Leurs voix trop

timbrées sonnent joyeusement, en éclats qui nous mettent en fuite. Et

revenu sur terre, mon ami me dit, un peu confus:

--Il doit être affreusement tard... Petite Viva, vous devez mourir de

faim. Pardonnez-moi et... venez déjeuner.

Déjeuner, soit. Qu’est-ce que cela me fait, d’aller ici ou là, emmenée

par lui?...

Nous avons déjeuné tous les deux seuls, en vrais amoureux, sous la

pergola désertée par les touristes cosmopolites qui avaient--les

charmantes gens!--terminé leur repas et arpentaient les sentiers que

brûlait maintenant le soleil, haut en plein ciel.

Ensuite, une après-midi merveilleuse. Sans y prendre garde, nous avons

laissé passer les «postes» pour le retour. Et, très difficilement, mon

ami découvre la voiture qui ramène une Viva nouvelle; dans le beau

crépuscule violet, nacré de rose et d’or... Une Viva qui ose regarder

vers l’avenir avec une foi victorieuse; son scepticisme vaincu par les

mots qui sonnent en son cœur comme une promesse: «Ayez confiance, mon

amour.»

La nuit tombe... · 第 50 / 86 题