Il m’évite, je n’en puis plus douter. Et les heures passent. Et il va
repartir... Et je vais retrouver l’isolement... Et si nous nous séparons
ainsi, ce sera bien fini notre belle amitié... Qu’a-t-il?...
M’en veut-il de l’avoir laissé à l’écart pendant les mauvaises journées
que je viens de vivre? Il ne sait pas, c’est vrai, que toute épreuve
réveille ma sauvagerie. Même enfant, je prétendais porter seule, en
silence, ma peine ou mon mal, dans une farouche crainte de la pitié.
Son attitude nouvelle ressuscite l’orgueil qui m’enveloppe sous un
impénétrable voile. Dans les rares instants où le hasard nous a
rapprochés, depuis hier, j’ai été, je le sentais, railleuse, agressive,
alors qu’en mon cœur je le suppliais de ne pas me faire mal, de
redevenir ce qu’il était...
J’apprendrais qu’il est parti, sous un prétexte, sans même me dire
adieu, je n’en serais pas surprise!...