11 août.

Nouvelle dépêche. La cause du duel? Une discussion d’ordre artistique,

après un souper trop arrosé de champagne.

Robert remercie Paul de sa proposition d’aller le trouver. Mais il

affirme que le voyage est inutile; sa blessure est sans gravité et ne

demande que du temps pour guérir. Il nous prie tous de ne pas prendre la

peine de venir, car il est parfaitement soigné dans la maison de santé

où il s’est fait conduire et où il est très entouré. Je suis, en

particulier, invitée--en termes affectueux!--à ne pas m’imposer

l’inutile fatigue d’un tel voyage.

Sommes-nous assez désunis! Autant, certes, que si la loi y avait passé.

Et elle y passera. Cette fois, mon orgueil s’est cabré. L’insulte

publique de ce duel a cinglé ma dédaigneuse indifférence.

Quand Robert est parti, j’ai eu, je me souviens, la prescience qu’elle

était finie, la comédie de notre vie conjugale, et qu’à son retour, elle

ne recommencerait pas. Maintenant, ce m’est une certitude. J’ai compris

aujourd’hui que je ne supporterais plus une existence près de lui, que,

seul, mon incommensurable détachement m’avait fait accepter.

Si, pour obtenir notre séparation, il faut les révélations auxquelles,

jusqu’ici, je me suis farouchement refusée, tant pis!... Je m’y soumets,

si, à ce seul prix, je puis n’avoir plus rien de commun avec l’homme qui

a fait de moi la solitaire, la désenchantée, la vivante épave que je

suis aujourd’hui.

Oh! oui, maintenant, je la veux, la séparation!... Et non pas seulement

pour la volupté d’être libre, pour échapper à l’équivoque frôlement de

nos deux existences... Mais pour ma dignité de femme. Trop longtemps,

j’ai eu, devant le monde, un misérable personnage d’épouse complaisante

ou aveugle. Bien peu, sans doute, ont deviné «d’épouse méprisante». Ah!

comment ai-je pu m’y prêter trois années!

La nuit tombe... · 第 45 / 86 题