8 heures.

Comme je rentrais, avant le dîner, avec les petits, j’ai croisé

Meillane. J’avais mes deux mains prises par Guy et Hélène; Agnès était

sur mes talons. Nous avons échangé un simple «bonjour», tout à fait

quelconque. Mais la certitude est tout de suite entrée en moi: «Il

sait.» Son regard n’avait pas, rencontrant le mien, l’expression

coutumière... Avec l’acuité de mes nerfs surexcités, j’y ai discerné une

attention anxieuse, grave et compatissante.

Mais comme je demeurais impassible, le visage fermé, figée dans la

crainte d’un mot qui me ferait mal, il m’a dit simplement, comme si rien

ne fût arrivé:

--Je suis allé pour vous demander une tasse de thé, tantôt, à l’heure du

goûter. Mais vous étiez partie!

--J’avais été rejoindre les enfants...

--Oui... c’est ce que je vois... Et ils vous ont accaparée! Ce sont de

petits gourmands... Je voudrais bien avoir été à leur place.

Il caresse la joue ronde d’Hélène qui lui rit du fond de sa capote

fleurie. Guy tient ma robe avec un air de ne pas permettre que je

m’échappe pour marcher près du nouveau venu.

Et pour la première fois depuis le matin, mon âme douloureuse se détend

un peu. Ces trois êtres me donnent de la tendresse, chacun à sa

mesure...

Mais Paul nous rejoint. Et je rentre, les laissant tous.

La nuit tombe... · 第 44 / 86 题