Les douces matinées que je passe!
Je vais retrouver les enfants qui jouent dans une prairie écartée sous
la garde d’Agnès... Et lui vient me rejoindre... Nous nous asseyons sur
quelque roche moussue, et nous causons,--ou même nous nous
taisons...--tout en regardant les petits, qu’un élan câlin ou le caprice
du jeu fait bondir vers nous.
Ce matin, en arrivant, je trouve Agnès courroucée contre Hélène qui se
tient devant elle, la mine penaude, ses menottes croisées derrière son
dos,--attitude de son père tout à fait comique chez elle. Guy, lui
aussi, darde sur la petite des regards indignés.
J’interroge:
--Que se passe-t-il donc, Agnès?
Et aussitôt; dans son charabia mi-français, mi-anglais, elle explique,
sévère:
--_Ce petit fille, il est très méchant._ Il a mordu un baby de l’hôtel,
jusqu’à faire saigner le doigt de lui...
A mon tour, je jette un coup d’œil gros de reproche sur la coupable qui
baisse le nez de plus en plus, avec une adorable mine de confusion,
l’ombre des cils voilant l’éclair des prunelles. A peine, j’entrevois la
petite bouche que contracte l’envie de pleurer. Et je m’écrie, la voix
sévère:
--Quelle vilaine fille tu es, Hélène, d’avoir mordu ce baby! C’est si
méchant! Pourquoi as-tu fait cela?
Cette fois, elle relève à demi sa délicieuse frimousse, et d’un air tout
ensemble contrit et révolté, elle murmure piteusement:
--J’avais faim!