6 août.

Les douces matinées que je passe!

Je vais retrouver les enfants qui jouent dans une prairie écartée sous

la garde d’Agnès... Et lui vient me rejoindre... Nous nous asseyons sur

quelque roche moussue, et nous causons,--ou même nous nous

taisons...--tout en regardant les petits, qu’un élan câlin ou le caprice

du jeu fait bondir vers nous.

Ce matin, en arrivant, je trouve Agnès courroucée contre Hélène qui se

tient devant elle, la mine penaude, ses menottes croisées derrière son

dos,--attitude de son père tout à fait comique chez elle. Guy, lui

aussi, darde sur la petite des regards indignés.

J’interroge:

--Que se passe-t-il donc, Agnès?

Et aussitôt; dans son charabia mi-français, mi-anglais, elle explique,

sévère:

--_Ce petit fille, il est très méchant._ Il a mordu un baby de l’hôtel,

jusqu’à faire saigner le doigt de lui...

A mon tour, je jette un coup d’œil gros de reproche sur la coupable qui

baisse le nez de plus en plus, avec une adorable mine de confusion,

l’ombre des cils voilant l’éclair des prunelles. A peine, j’entrevois la

petite bouche que contracte l’envie de pleurer. Et je m’écrie, la voix

sévère:

--Quelle vilaine fille tu es, Hélène, d’avoir mordu ce baby! C’est si

méchant! Pourquoi as-tu fait cela?

Cette fois, elle relève à demi sa délicieuse frimousse, et d’un air tout

ensemble contrit et révolté, elle murmure piteusement:

--J’avais faim!

La nuit tombe... · 第 38 / 86 题