3 août.

Voici les Abriès arrivés et installés déjà; non pas en mon calme

domaine, mais à l’abri d’un palace fourmillant d’hôtes _select_. Paul

est épanoui, les petits sont adorables et Marinette délicieusement

jolie, chic à l’avenant, semble leur grande sœur, et trace, dans le Tout

Saint-Moritz, un sillage de Parisienne infiniment élégante, dont les

remous sont très amusants à observer. Ils atteignent jusqu’aux

excursionnistes convaincus, tannés par le soleil et la neige, aux

allures de vagabonds, qui, pour la regarder, oublient un instant

glaciers, guides, piolets.

Cette présence est pour moi une diversion forcée. Peut-être elle va me

guérir, si j’essaie résolument d’échapper au mal...

Mais pour guérir, il faudrait le vouloir! Il faudrait ne pas nous voir

sans cesse, rapprochés plus encore par sa camaraderie avec Paul qui mêle

sa vie à la nôtre. Il faudrait que nous n’ayons pas, tous deux, cette

même résolution, silencieuse et inflexible, de ne perdre pas une

parcelle du peu de jours qui nous sont donnés. Car le 19, il doit être

de retour dans le Dauphiné, où l’anniversaire de sa mère rassemble tous

les enfants.

Ah! devant cette certitude, je ferme les yeux sur l’avenir. J’étouffe

tout conseil de prudence. Confiante en mon ami, je vis dans le seul

présent, comme dans un songe enchanté, oublieuse du réveil certain. Sans

résistance, je me laisse gâter avec une délicatesse tendre, un souci de

mon plaisir, de mon repos, qui me fait bondir le cœur d’une joie

inconnue. Jamais personne n’a été ainsi pour moi, même ceux qui m’ont le

plus choyée. Et, jadis, dans l’amour de Robert, il n’y eut rien de

pareil! Car c’était pour lui qu’il m’aimait...

La nuit tombe... · 第 37 / 86 题