7 août.

Hier, Marinette m’a dit:

--Comme l’Engadine te réussit, Viva!... tu es jolie... jolie!

Et Paul a appuyé, la tête dressée hors de son journal:

--Ça c’est vrai... Vous avez des yeux et une bouche à ensorceler un

saint!

J’ai ri, haussant les épaules.

--Oh! si mon charme opère seulement sur les saints, je suis à peu près

sûre de ne pas faire beaucoup de ravages à Saint-Moritz...

--Non, non... pas «seulement» sur les saints, m’est avis... Gare aux

pauvres hommes!

--Paul, mon grand, vous êtes stupide!

Dieu! Quelle hypocrisie dans cette exclamation! Depuis des années, aucun

compliment ne m’avait fait pareillement tressaillir de plaisir...

Pour mon ami s’est réveillée ma coquetterie d’antan. Pour lui, je désire

que ma forme fragile, que mon visage, que mes robes même soient

séduisantes... Je crois vraiment--à ma confusion grande, je le

constate!...--que je m’en préoccupe autant que Marinette elle-même. Et

c’est bien moi, la dédaigneuse, qui en suis là?...

Pour lui, encore, j’ai oublié ma répugnance à faire de la musique dans

ce milieu d’étrangers; et tantôt, au cœur de l’après-midi, quand tous à

peu près étaient en promenade, j’ai chanté; chanté tout ce qu’il m’a

demandé. J’ai été récompensée, d’ailleurs; nous avons passé une heure

exquise. Ce après quoi revenus dans la prose, nous avons fait le goûter

le plus gai du monde, avec un entrain d’écoliers qui ont bien rempli

leur tâche.

La nuit tombe... · 第 39 / 86 题