Hier, Marinette m’a dit:
--Comme l’Engadine te réussit, Viva!... tu es jolie... jolie!
Et Paul a appuyé, la tête dressée hors de son journal:
--Ça c’est vrai... Vous avez des yeux et une bouche à ensorceler un
saint!
J’ai ri, haussant les épaules.
--Oh! si mon charme opère seulement sur les saints, je suis à peu près
sûre de ne pas faire beaucoup de ravages à Saint-Moritz...
--Non, non... pas «seulement» sur les saints, m’est avis... Gare aux
pauvres hommes!
--Paul, mon grand, vous êtes stupide!
Dieu! Quelle hypocrisie dans cette exclamation! Depuis des années, aucun
compliment ne m’avait fait pareillement tressaillir de plaisir...
Pour mon ami s’est réveillée ma coquetterie d’antan. Pour lui, je désire
que ma forme fragile, que mon visage, que mes robes même soient
séduisantes... Je crois vraiment--à ma confusion grande, je le
constate!...--que je m’en préoccupe autant que Marinette elle-même. Et
c’est bien moi, la dédaigneuse, qui en suis là?...
Pour lui, encore, j’ai oublié ma répugnance à faire de la musique dans
ce milieu d’étrangers; et tantôt, au cœur de l’après-midi, quand tous à
peu près étaient en promenade, j’ai chanté; chanté tout ce qu’il m’a
demandé. J’ai été récompensée, d’ailleurs; nous avons passé une heure
exquise. Ce après quoi revenus dans la prose, nous avons fait le goûter
le plus gai du monde, avec un entrain d’écoliers qui ont bien rempli
leur tâche.