31 juillet.

A quoi me sert de fermer les yeux, ainsi qu’une enfant terrifiée?

L’ombre n’empêche pas la vérité de se dresser.

Je l’aime... je ne puis plus me leurrer.

Je l’aime, pourquoi?... Qu’a-t-il de plus que les autres qui jamais

n’avaient pu m’émouvoir, depuis que mon cœur a été mis en lambeaux...

Je l’aime... Les lambeaux ont été rapprochés par un magicien dont je ne

soupçonnais pas le pouvoir. Je l’aime!...

Et les yeux éblouis, les mains serrées devant le vertige, je répète: «Où

vais-je?... Où vais-je?...»

Ainsi qu’il l’avait dit, tantôt, il est venu. J’étais à écrire dans mon

petit salon. J’ai reconnu son pas d’être dominateur, son pas vif,

pressé, résolu...

Il était impatient d’arriver près de moi... Et je le reçois, moqueuse et

insouciante... tandis qu’en mon cœur ressuscité palpite le désir fou de

me glisser entre ses bras, qui me garderaient de tout mal; de mettre ma

tête sur sa poitrine, mon visage sous sa bouche; d’en sentir la caresse

sur mes cheveux, sur mes paupières, sur mes lèvres...

C’est pourtant vrai que je souhaite cela, moi, la farouche Viva... Je

l’ai compris quand il est entré...

Mais cette folie, je ne l’ai pas trahie! Elle est mon secret, effrayant

et divin.

Que faire?..., Partir? ou lui demander, à lui, de me laisser?... Ce

serait peut-être la guérison? Mais en aurai-je jamais le courage, même

consciente que je m’en vais vers la douleur, fatalement, si je ne me

défends contre le mal d’aimer?

Est-ce qu’une créature glacée fuit, de sa pleine volonté, la flamme qui

la ranime?

Ah! je le sais bien que je ne partirai pas!... Et que je ne vous

demanderai pas de partir, ô mon ami, qui ne serez que mon «ami...», mon

ami très cher. Oui, restez, si vous pouvez me faire le sacrifice de ne

pas espérer ce que je ne vous donnerai pas, résolue à n’être plus le

bien de personne...

Peut-être vous en souffrirez... parce que vous êtes homme! Et les

meilleurs veulent _tout_, de l’être cher... Et, en ce moment, je vous

suis chère, si chère! je le sens délicieusement... Mais, moi aussi, je

souffrirai quand vous me quitterez... Plus durement que vous, peut-être

encore, car ce sera en mon cœur que vous avez arraché de sa tombe, et

qui devra, vous parti, retrouver l’horreur de la mort.

La nuit tombe... · 第 36 / 86 题