Ce matin, j’ai croisé dans un sentier que je grimpais à l’aventure la
jeune fille française, qui est la plus charmante de mes compagnes
d’hôtel.
Elle descendait et s’est arrêtée à ma vue, puis rangée dans la bordure
moussue du chemin, pour me laisser passer. Sous une grande capeline de
paille, toute habillée de blanc, elle était adorablement fraîche, la
blouse de linon échancrée sur la nuque, les bras nus depuis le coude;
dans les mains, un livre, comme chaque matin je lui en vois emporter
quand elle passe sous mes fenêtres.
Ah! la jolie vision de jeunesse qu’elle réalisait ainsi, svelte sous la
jupe étroite, la taille souple et libre! Elle m’a saluée, souriant un
peu. Est-ce l’expression de droiture fière qui est si frappante sur ce
jeune visage, brusquement j’ai pensé à Meillane... C’est une femme telle
que celle-ci qui devrait devenir la sienne. Quel beau couple, ils
formeraient moralement. Et physiquement aussi!
Je sais son nom, Marie-Reine Derieux. Elle est la fille du savant
biologiste auquel je vois, à Saint-Moritz, la gaîté et l’ardeur d’un
écolier en vacances qui aurait des yeux de penseur pour observer... La
mère aussi est une créature absolument supérieure, capable d’assister
son mari dans ses travaux, et, en même temps, une femme du monde
exquise. J’avais beaucoup entendu parler d’elle déjà, sans l’avoir
jamais rencontrée.
Je ne m’étonne plus qu’entre ces deux êtres, élevés dans une atmosphère
de pensée, cette petite Marie-Reine soit ce qu’elle est.