27 juillet.

Hier, une haute silhouette masculine, une nuque très brune m’ont fait

tressaillir si fort, que j’en suis demeurée stupéfaite. Est-ce donc que

je pense voir venir l’ami auquel, résolument, je n’ai pas écrit?...

Il me l’a dit: «Je ne me sens pas de patience pour attendre que vous me

donniez la permission de venir...»

Demain, il y aura douze jours que je suis ici...

Pour la première fois, depuis mon arrivée, je viens de m’aventurer à

descendre en mon jardin secret, dont je ne sais quel instinct me gardait

éloignée. D’ailleurs, j’en ai seulement entr’ouvert la perte, arrêtée

sur le seuil par une crainte imprévue de ce que j’y pourrais découvrir

peut-être.

Mais à quoi bon cette lâcheté!

Je n’ignore pas que j’ai été folle de laisser un passant généreux entrer

dans mon désert. Il y a fait jaillir un peu de verdure où m’abriter,

quelques fleurs à respirer. Le tout, destiné à mourir.

Et maintenant que je suis hors de l’oasis, je trouvé dur de recommencer

à piétiner sur ma route aride... Je le sais bien!

Et je le sais aussi, que nos causeries me manquent, comme la flamme

claire de son regard, le timbre de sa voix ferme, l’atmosphère

vivifiante qu’il créait autour de moi, et, surtout, l’étrange et

bienfaisante impression de sécurité que m’apportait sa présence.

Oui, je m’étais trop bien habituée à la douceur d’être traitée par lui

en amie d’élection. Et parce que les circonstances et ma volonté nous

séparent, avant que la force des choses ne le fasse, je suis telle une

altérée qui se voit enlever l’eau vive qui ranimait ses lèvres

desséchées.

Tant pis pour moi! Je ne suis pas une petite fille, il ne fallait pas

être imprudente. Il y a quelques mois, je ne le connaissais pas. A

l’automne, il va partir. Nous ne nous reverrons plus guère dans

l’avenir... Si même nous nous revoyons.

Non, je n’écrirai pas. Ma solitude dans la vie? C’est une habitude à

reprendre. Voilà tout. Et je la reprends.

La nuit tombe... · 第 33 / 86 题