Hier, une haute silhouette masculine, une nuque très brune m’ont fait
tressaillir si fort, que j’en suis demeurée stupéfaite. Est-ce donc que
je pense voir venir l’ami auquel, résolument, je n’ai pas écrit?...
Il me l’a dit: «Je ne me sens pas de patience pour attendre que vous me
donniez la permission de venir...»
Demain, il y aura douze jours que je suis ici...
Pour la première fois, depuis mon arrivée, je viens de m’aventurer à
descendre en mon jardin secret, dont je ne sais quel instinct me gardait
éloignée. D’ailleurs, j’en ai seulement entr’ouvert la perte, arrêtée
sur le seuil par une crainte imprévue de ce que j’y pourrais découvrir
peut-être.
Mais à quoi bon cette lâcheté!
Je n’ignore pas que j’ai été folle de laisser un passant généreux entrer
dans mon désert. Il y a fait jaillir un peu de verdure où m’abriter,
quelques fleurs à respirer. Le tout, destiné à mourir.
Et maintenant que je suis hors de l’oasis, je trouvé dur de recommencer
à piétiner sur ma route aride... Je le sais bien!
Et je le sais aussi, que nos causeries me manquent, comme la flamme
claire de son regard, le timbre de sa voix ferme, l’atmosphère
vivifiante qu’il créait autour de moi, et, surtout, l’étrange et
bienfaisante impression de sécurité que m’apportait sa présence.
Oui, je m’étais trop bien habituée à la douceur d’être traitée par lui
en amie d’élection. Et parce que les circonstances et ma volonté nous
séparent, avant que la force des choses ne le fasse, je suis telle une
altérée qui se voit enlever l’eau vive qui ranimait ses lèvres
desséchées.
Tant pis pour moi! Je ne suis pas une petite fille, il ne fallait pas
être imprudente. Il y a quelques mois, je ne le connaissais pas. A
l’automne, il va partir. Nous ne nous reverrons plus guère dans
l’avenir... Si même nous nous revoyons.
Non, je n’écrirai pas. Ma solitude dans la vie? C’est une habitude à
reprendre. Voilà tout. Et je la reprends.