29 juin.

J’ai été très entourée pendant mes premiers jours de veuvage.

Avouerai-je, presque «trop»!... Cette sollicitude, à divers degrés, dont

je me sentais enveloppée, me touchait certes, mais aussi gênait un peu

mon furieux appétit de liberté.

Meillane, avec sa subtile perspicacité, l’avait-il deviné? Je ne l’ai

pas vu, lui; et, non plus Marinette, tout absorbée par son amie chère

qui part ces jours-ci, je crois, pour un voyage d’été.

Ce pourquoi, mon papillon voltige à sa suite chez des fournisseurs

variés, ne voulant pas perdre une bribe du temps que la bien-aimée peut

encore lui accorder.

Autrefois sa tendresse d’enfant se fût ingéniée à me combler le

vide--possible--creusé par un départ dont elle sait les conditions. Elle

n’y a pas pensé...

Meillane m’a envoyé simplement une moisson de fleurs,--les roses du

rouge ardent et sombre que j’aime,--et quelques lignes:

_Vous le savez, n’est-ce pas, que c’est la seule crainte d’être

indiscret qui m’empêche d’aller à vous ces jours-ci?... Quand vous

souhaiterez la présence de votre ami, madame, appelez-le. De loin

comme de près, il est tout vôtre._

Je ne l’ai pas appelé. J’ai voulu savourer la solitude, avant l’heure où

peut-être, j’en souffrirai à crier grâce...

Mais je n’en suis pas là! Je jouis de ma liberté avec la même fougue,

avec la même ivresse qui, jadis, me lançaient, en vagabonde, à travers

les sentiers de la forêt dont les grands sapins abritent la maison de

mon enfance.

Oh! cette maison où je vais retourner pour l’automne, combien de

parcelles de mon âme y sont tombées... Parcelles livrées au souffle des

jours par la petite fille ardemment insouciante et joyeuse; par la

sauvage adolescente qui, en silence se créait des fêtes merveilleuses;

par la jeune fille que l’avenir attirait, les yeux éblouis, vers un

mirage de bonheur... Parcelles qui imprègnent ma maison d’un parfum si

doux et si poignant, que je le respire, recueillie, les paupières

fermées au présent, le cœur gonflé de sanglots, comme on respire un

parfum sacré dans un sanctuaire.

Amoureuse, j’y ai vécu des heures enchantées... Puis, épouse déçue, des

jours et des nuits dont le souvenir fait frissonner la sage créature que

je suis maintenant.

Ah! que j’en revois donc de ces ombres qui ont été _moi_, qui semblent

des mortes et que je retrouve, mystérieusement vivantes, dans cette

maison où elles m’attendent pour me parler du passé.

La nuit tombe... · 第 25 / 86 题