XI.

Rentré chez, moi, je fis les préparatifs d'un long voyage. Si le sort me

favorisait dans mon combat, j'avais résolu d'aller à Paris pour me

distraire et guérir les blessures de mon coeur.

Je ne me couchai point; je partis la nuit même à cheval, et le lever du

soleil me trouva au rendez-vous. Braun se fit attendre; une sorte de

repentir paraissait le dominer. Maintenant que la passion ne l'aveuglait

plus, il reconnaissait que ni moi, dont il avait plus d'une fois

apprécié la franchise, ni la sage et modeste Henriette, n'étions

capables d'entretenir une intelligence secrète et criminelle. Il me

tendit la main en signe de réconciliation, donnant à entendre que la

prolongation de nos démêlés ne servirait qu'à aiguiser les traits de la

calomnie.

Mais je demeurai sourd à ses paroles. L'espoir qu'il témoignait de voir

bientôt s'aplanir ses différends avec Henriette m'indignait jusqu'à la

fureur. Je le contraignis de mettre l'épée à la main, et quoique son

sang-froid lui donnât sur moi de grands avantages, je parvins à le

blesser et à le désarmer. Puis, après lui avoir recommandé prudence et

discrétion, je montai à cheval pour gagner ma voiture, et partis à

l'instant même.

Parmi des sensations bien contradictoires, celle qui m'agitait le plus,

c'est qu'Henriette aurait compassion de Braun, qui venait de répandre

son sang, et que cette compassion réveillerait peut-être un penchant mal

éteint.

Ce fut alors que je reconnus combien je l'aimais. Pour justifier mon

inconstance à mes propres yeux je maudissais le calomniateur, qui, en

nous imputant à crime des hasards innocents, nous avait rapprochés l'un

de l'attire, et m'avait donné l'occasion d'apprécier tout le mérite de

mademoiselle Werner.

L'Illustration, No. 0048, 27 Janvier 1844 · 第 18 / 33 题