Rentré chez, moi, je fis les préparatifs d'un long voyage. Si le sort me
favorisait dans mon combat, j'avais résolu d'aller à Paris pour me
distraire et guérir les blessures de mon coeur.
Je ne me couchai point; je partis la nuit même à cheval, et le lever du
soleil me trouva au rendez-vous. Braun se fit attendre; une sorte de
repentir paraissait le dominer. Maintenant que la passion ne l'aveuglait
plus, il reconnaissait que ni moi, dont il avait plus d'une fois
apprécié la franchise, ni la sage et modeste Henriette, n'étions
capables d'entretenir une intelligence secrète et criminelle. Il me
tendit la main en signe de réconciliation, donnant à entendre que la
prolongation de nos démêlés ne servirait qu'à aiguiser les traits de la
calomnie.
Mais je demeurai sourd à ses paroles. L'espoir qu'il témoignait de voir
bientôt s'aplanir ses différends avec Henriette m'indignait jusqu'à la
fureur. Je le contraignis de mettre l'épée à la main, et quoique son
sang-froid lui donnât sur moi de grands avantages, je parvins à le
blesser et à le désarmer. Puis, après lui avoir recommandé prudence et
discrétion, je montai à cheval pour gagner ma voiture, et partis à
l'instant même.
Parmi des sensations bien contradictoires, celle qui m'agitait le plus,
c'est qu'Henriette aurait compassion de Braun, qui venait de répandre
son sang, et que cette compassion réveillerait peut-être un penchant mal
éteint.
Ce fut alors que je reconnus combien je l'aimais. Pour justifier mon
inconstance à mes propres yeux je maudissais le calomniateur, qui, en
nous imputant à crime des hasards innocents, nous avait rapprochés l'un
de l'attire, et m'avait donné l'occasion d'apprécier tout le mérite de
mademoiselle Werner.