[219] La traduction française de cette _Postface_ par M.

Halpérine-Kaminsky a paru sous le titre: _Des relations entre les

sexes_, dans le volume: _Plaisirs vicieux_.

[220] Noter que Tolstoï n'a jamais eu la naïveté de croire que l'idéal

de célibat et de chasteté absolue soit réalisable pour l'humanité

actuelle. Mais, selon lui, un idéal est irréalisable, par définition:

c'est un appel aux énergies héroïques de l'âme.

«La conception de l'idéal chrétien, qui est l'union de toutes les

créatures vivantes dans l'amour fraternel, est inconciliable avec la

pratique de la vie qui exige un effort continu vers un idéal

inaccessible, mais qui ne suppose pas l'avoir jamais atteint.»

[221] A la fin de la _Matinée d'un Seigneur_.

[222] _Guerre et Paix._--Je ne parle pas d'_Albert_ (1857), cette

histoire d'un musicien de génie. La nouvelle est très faible.

[223] Voir dans _Jeunesse_ le récit humoristique de la peine qu'il se

donna pour apprendre à jouer du piano.--«Le piano m'était un moyen de

charmer les demoiselles par ma sentimentalité.

[224] Il s'agit de 1876-77.

[225] S.-A. Bers, _Souvenirs sur Tolstoï_ (Voir _Vie et OEuvre_).

[226] I, 381 (éd. Hachette).

[227] Mais jamais il ne cessa de l'aimer. Un de ses amis des derniers

jours fut un musicien, Goldenveiser, qui passa l'été de 1910 près de

Iasnaïa. Il venait, presque chaque jour, faire de la musique à Tolstoï,

pendant sa dernière maladie. (_Journal des Débats_, 18 novembre 1910.)

[228] Lettre du 21 avril 1861.

[229] Camille Bellaigue, _Tolstoï et la musique_ (_le Gaulois_, 4

janvier 1911).

[230] Qu'on ne dise pas qu'il s'agit là seulement des dernières

oeuvres de Beethoven. Même à celles du début qu'il consent à regarder

comme «artistiques», Tolstoï reproche «leur forme artificielle».--Dans

une lettre à Tschaikovsky, il oppose de même à Mozart et Haydn, «la

manière artificielle de Beethoven, Schumann et Berlioz, qui calculent

l'effet.»

[231] Cf. la scène racontée par M. Paul Boyer: «Tolstoï se fait jouer du

Chopin. A la fin de la quatrième Ballade, ses yeux se remplissent de

larmes.--«Ah! l'animal!» s'écrie-t-il. Et brusquement il se lève et s'en

va.» (_Le Temps_, 2 novembre 1902.)

[232] _Maître et Serviteur_ (1895) est comme une transition entre les

lugubres romans qui précèdent et _Résurrection_, où se répand la lumière

de la divine charité. Mais on y sent plus encore le voisinage de _la

Mort d'Ivan Iliitch_ et des _Contes Populaires_ que de _Résurrection_,

qu'annonce seulement, vers la fin, la sublime transformation d'un homme

égoïste et lâche, sous la poussée d'un élan de sacrifice. La plus grande

partie de l'histoire est le tableau, très réaliste, d'un maître sans

bonté et d'un serviteur résigné, qui sont surpris, dans la steppe, la

nuit, par une tourmente de neige, et perdent leur chemin. Le maître, qui

d'abord tâche de fuir en abandonnant son compagnon, revient et, le

trouvant à demi gelé, se jette sur lui, le couvre de son corps, le

réchauffe en se sacrifiant, d'instinct; il ne sait pas pourquoi; mais

les larmes lui remplissent les yeux: il lui semble qu'il est devenu

celui qu'il sauve, Nikita, et que sa vie n'est plus en lui, mais en

Nikita.--«Nikita vit; je suis donc encore vivant, moi.»--Il a presque

oublié qui il était, lui, Vassili. Il pense: «Vassili ne savait pas ce

qu'il fallait faire... ne savait pas, et moi, je sais, maintenant!...»

Et il entend la voix de Celui qu'il attendait (ici son rêve rappelle un

des _Contes Populaires_), de Celui qui, tout à l'heure, lui a donné

l'ordre de se coucher sur Nikita. Il crie, tout joyeux: «Seigneur, je

viens!» Et il sent qu'il est libre, que rien ne le retient plus... Il

est mort.

[233] Tolstoï prévoyait une quatrième partie, qui n'a pas été écrite.

[234] I, p. 379.--Je cite la traduction de Teodor de Wyzewa.--Une

édition intégrale de _Résurrection_ doit former les t. XXXVI et XXXVII

des _OEuvres complètes_.

[235] I, p. 129.

[236] Au contraire, il avait été mêlé à tous les mondes qu'il peint dans

_Guerre et Paix_, _Anna Karénine_, _les Cosaques_, ou _Sébastopol_:

salons aristocratiques, armée, vie rurale. Il n'avait qu'à se souvenir.

[237] T. II, p. 20.

[238] «Les hommes portent en eux le germe de toutes les qualités

humaines, et, tantôt ils en manifestent une, tantôt une autre, se

montrant souvent différents d'eux-mêmes, c'est-à-dire de ce qu'ils ont

l'habitude de paraître. Chez certains, ces changements sont

particulièrement rapides. A cette classe d'hommes appartenait Nekhludov.

Sous l'influence de causes physiques et morales, de brusques et complets

changements se produisaient en lui.» (T. I, p. 858.)

Tolstoï s'est peut-être souvenu de son frère Dmitri, qui, lui aussi,

épousa une Maslova. Mais le tempérament violent et déséquilibré de

Dmitri était différent de celui de Nekhludov.

[239] «Plusieurs fois dans sa vie, il avait procédé à des _nettoyages de

conscience_. Il appelait ainsi des crises morales où, apercevant soudain

le ralentissement et parfois l'arrêt de sa vie intérieure, il se

décidait à balayer les ordures qui obstruaient son âme. Au sortir de ces

crises, il ne manquait jamais de s'imposer des règles qu'il se jurait de

suivre toujours. Il écrivait un journal, il recommençait une nouvelle

vie. Mais à chaque fois, il ne tardait pas à retomber au même point, ou

plus bas encore qu'avant la crise.» (T. I, p. 138.)

[240] En apprenant que la Maslova a encore fait des siennes avec un

infirmier, Nekhludov est plus décidé que jamais à «sacrifier sa liberté

pour racheter le péché de cette femme». (T. I, p. 382.)

[241] Tolstoï n'a jamais dessiné un personnage, d'un crayon aussi

robuste et sûr que le Nekhludov du début. Voir l'admirable description

du lever et de la matinée de Nekhludov, avant la première séance au

Palais de Justice.

[242] Lettre de la comtesse Tolstoï, 1884.

[243] _Le Temps_, 2 novembre 1902.

[244] «Ne me reprochez pas, écrit-il à sa tante, la comtesse Alexandra

A. Tolstoï, de m'occuper encore de ces futilités, au seuil de la tombe!

Ces futilités remplissant mon temps libre et me procurent le repos des

pensées vraiment sérieuses dont mon âme est surchargée.» (26 janvier

1903).

[245] Tolstoï le regardait comme une de ses oeuvres capitales:

«Un de mes livres,--_Pour tous les jours_,--auquel j'ai la suffisance

d'attacher une grande importance...» (Lettre à Jan Styka, 27 juillet-9

août 1909).

[246] Ces oeuvres ont été publiées depuis la mort de Tolstoï. La liste

en est longue. Nous relevons, parmi les principales: _Le journal

posthume du vieillard Féodor Kouzmitch_, _Le père Serge_,

_Hadji-Mourad_, _Le Diable_, _Le Cadavre vivant_, drame en douze

tableaux, _Le faux coupon_, _Alexis le Pot_, _Le journal d'un fou_, _La

lumière luit dans les ténèbres_, drame en cinq actes, _Toutes les

qualités viennent d'elle_, petite pièce populaire, et une série

d'excellentes nouvelles: _Après le Bal_, _Ce que j'ai vu en rêve_,

_Khodynka_, etc.

Voir page 206, la _Note sur les oeuvres posthumes de Tolstoy_.

Mais l'oeuvre essentielle est le _Journal intime_ de Tolstoï. Il

embrasse une quarantaine d'années de sa vie, depuis l'époque du Caucase

jusqu'à la veille de sa mort; et il paraît un des livres de Confessions

les plus impitoyables qui ait été écrit par un grand homme. Paul

Birukoff en a publié, en français, deux volumes: la période de 1846 à

1852, et celle de 1895 à 1899.

[247] Le titre russe de cette oeuvre est: _Une seule chose est

nécessaire_ (Saint-Luc, XI, 41.)

[248] La plupart ont été, de son vivant, gravement mutilées par la

censure, ou totalement interdites. L'oeuvre circulait en Russie,

jusqu'à la Révolution, sous la forme de copies manuscrites, cachées sous

le manteau. Même aujourd'hui, il s'en faut que tout soit publié; et la

censure bolchevike n'a pas moins été tyrannique que la censure tsariste.

[249] L'excommunication de Tolstoï par le Saint-Synode est du 22 février

1901. Elle fut motivée par un chapitre de _Résurrection_ relatif à la

messe et à l'Eucharistie. Ce chapitre, nous le regrettons, a été

supprimé dans la traduction française de Wyzewa.

[250] Sur la nationalisation du sol (Voir _le Grand Crime_, 1905).

[251] «Par Russe de la vieille Moscovie, dit M. A. Leroy-Beaulieu,

Grand-Russien au sang slave, mâtiné de finnois, physiquement un type du

peuple plus que de l'aristocratie». (_Revue des Deux Mondes_, 15

décembre 1910.)

[252] 1857.

[253] 1862.

[254] La _Fin d'un Monde_ (1905-janvier 1906).

Cf. le télégramme adressé par Tolstoï à un journal américain:

«L'agitation des Zemstvos a pour objet de limiter le pouvoir despotique

et d'établir un gouvernement représentatif. Qu'ils réussissent ou non,

le résultat certain sera l'ajournement de la véritable amélioration

sociale. L'agitation politique, en donnant l'illusion funeste de cette

amélioration par des moyens extérieurs, arrête le vrai progrès, comme on

peut le constater par l'exemple de tous les États constitutionnels:

France, Angleterre, Amérique.» (_Le mouvement social en Russie._--M.

Bienstock a introduit cet article dans la préface du _Grand Crime_,

trad. française, 1905.)

Dans une longue et intéressante lettre à une dame, qui lui demandait de

faire partie d'un _Comité de propagation de la lecture et de l'écriture

parmi le peuple_, Tolstoï exprime d'autres griefs contre les libéraux:

Ils ont toujours joué le rôle de dupes; ils se font les complices, par

peur, de l'autocratie; leur participation au gouvernement donne à

celui-ci un prestige moral, et les habitue à des compromis, qui font

d'eux rapidement les instruments du pouvoir. Alexandre II disait que

tous les libéraux étaient à vendre pour des honneurs, sinon pour de

l'argent. Alexandre III a pu anéantir sans risques l'oeuvre libérale

de son père: «Les libéraux chuchotaient entre eux que cela ne leur

plaisait pas, mais ils continuaient à prendre part aux tribunaux, au

service de l'État, à la presse; dans la presse, ils faisaient allusion

aux choses pour lesquelles l'allusion était permise, mais ils se

taisaient pour ce dont il était défendu de parler, et ils inséraient

tout ce qu'on leur ordonnait d'insérer». Ils font de même sous Nicolas

II. «Quand ce jeune homme qui ne sait rien, qui ne comprend rien, répond

avec effronterie et avec manque de tact aux représentants du peuple, les

libéraux protestent-ils? Nullement... De tous côtés, on envoie au jeune

tsar de lâches et flatteuses félicitations.» (_Corresp. inédite_, p.

283-306.)

[255] _Guerre et Révolution._

Dans _Résurrection_, lors de l'examen en cassation du jugement de la

Maslova, au Sénat, c'est un Darwiniste matérialiste qui est le plus

opposé à la révision, parce qu'il est choqué secrètement de ce que

Nekhludov veuille épouser par devoir une prostituée: toute manifestation

du devoir et, plus encore, du sentiment religieux, lui fait, l'effet

d'une injure personnelle. (I, p. 359.)

[256] Cf., comme types, dans _Résurrection_, Novodvorov, le meneur

révolutionnaire, dont la vanité et l'égoïsme excessifs ont stérilisé la

grande intelligence. Nulle imagination; «absence totale des qualités

morales et esthétiques qui produisent le doute».--A sa suite, attaché à

ses pas, comme son ombre, Markel, l'ouvrier devenu révolutionnaire par

humiliation et par désir de vengeance, adorateur passionné de la science

qu'il ne comprend pas, anticlérical avec fanatisme, et ascétique.

On trouvera aussi, dans _Encore trois morts_, ou le _Divin et l'Humain_

(trad. franç. parue dans le volume intitulé _les Révolutionnaires_,

1906), quelques spécimens de la nouvelle génération révolutionnaire:

Romane et ses amis, qui méprisent les anciens terroristes, et prétendent

arriver scientifiquement à leurs fins, en transformant le peuple

agriculteur en peuple industriel.

[257] Lettre au Japonais Izo-Abe, fin 1904 (_Corresp. inédite_).--Voir,

page 219, le chapitre: _La Réponse de l'Asie à Tolstoy_.

[258] _Les paroles vivantes de L. N. Tolstoy_, notes de Ténéromo (chap.

Socialisme), (publié en trad. franç. dans _Révolutionnaires_, 1906).

[259] _Ibid._

[260] Conversation avec M. Paul Boyer (_Le Temps_, 4 novembre 1902).

[261] _La Fin d'un Monde._

[262] Dès 1863, Tolstoï écrivait ces paroles annonciatrices de la grande

tourmente sociale:

«_La propriété, c'est le vol_, reste, aussi longtemps qu'existe une

humanité, une vérité plus grande que la Constitution anglaise... La

mission historique de la Russie consiste en ce qu'elle apportera au

monde l'idée de la socialisation de la terre. La Révolution russe ne

peut être fondée que sur ce principe. Elle ne se fera point contre le

tsar et contre le despotisme; elle se fera contre la propriété du sol.

[263] «Le plus cruel des esclavages est d'être privé de la terre. Car

l'esclave d'un maître est l'esclave d'un seul; mais l'homme privé du

droit à la terre est l'esclave de tout le monde.» (_La Fin d'un monde_,

chap. VII.)

[264] La Russie était en effet dans une situation spéciale; et si le

tort de Tolstoï a été de généraliser d'après elle à l'ensemble des États

européens, on ne peut s'étonner qu'il ait été surtout sensible aux

souffrances qui le touchaient de plus près.--Voir, dans _le Grand

Crime_, ses conversations, sur la route de Toula, avec les paysans, qui

tous manquent de pain, parce que la terre leur manque, et qui tous, au

fond du coeur, attendent que la terre leur revienne. La population

agricole de la Russie forme les 80 p. 100 de la nation. Une centaine de

millions d'hommes, dit Tolstoï, meurent de faim par suite de la mainmise

des propriétaires fonciers sur le sol. Quand on vient leur parler, pour

remédier à leur mal, de la liberté de la presse, de la séparation de

l'Église et de l'État, de la représentation nationale, et même de la

journée de huit heures, on se moque d'eux, impudemment:

«Ceux qui ont l'air de chercher partout des moyens d'améliorer la

situation des masses populaires, rappellent ce qui se passe au théâtre,

quand tous les spectateurs voient parfaitement l'acteur qui est caché,

tandis que ses partenaires qui le voient très bien aussi, feignent de ne

pas voir, et s'efforcent à distraire mutuellement leur attention.»

Nul autre remède que de rendre la terre au peuple qui travaille. Et,

pour la solution de cette question foncière, Tolstoï préconise la

doctrine de Henry George, son projet d'un impôt unique sur la valeur du

sol. C'est son Évangile économique, il y revient inlassablement, et se

l'est si bien assimilé que souvent, dans ses oeuvres, il reprend

jusqu'à des phrases entières de Henry George.

[265] «La loi de non-résistance au mal est la clef de voûte de tout

l'édifice. Admettre la loi de l'aide mutuelle, en méconnaissant le

précepte de la non-résistance, c'est construire la voûte dans la sceller

dans sa partie centrale.» (_La Fin d'un Monde_).

[266] Dans une lettre de 1900 à un ami (_Corresp. inéd._, p. 312),

Tolstoï se plaint de la fausse interprétation donnée à son principe de

la non-résistance. On confond, dit-il, «_Ne t'oppose pas au mal par le

mal_»... avec «_Ne t'oppose pas au mal_», c'est-à-dire avec: «Sois

indifférent au mal»... «Au lieu que la lutte contre le mal est le seul

objet du christianisme et que le commandement de la non-résistance au

mal est donné comme le moyen de lutte le plus efficace.»

Que l'on rapproche cette conception de celle de Gandhi,--de son

_Satyâgraha_, de la «Résistance active», par l'amour et le sacrifice!

C'est la même intrépidité d'âme, qui s'oppose à la passivité. Mais

Gandhi en a accentué plus encore l'énergie héroïque.--(Cf. Romain

Rolland: _Mahâtma Gandhi_, p. 53 et suivantes;--et l'introduction à _La

Jeune Inde_, de Gandhi, p. XII et suiv.).

[267] _La fin d'un Monde._

[268] Tolstoï a dessiné deux types de ces «sectateurs»,--l'un à la fin

de _Résurrection_,--l'autre dans _Encore trois morts_.

[269] Après la condamnation par Tolstoï de l'agitation des Zemstvos,

Gorki, se faisant l'interprète du mécontentement de ses amis, écrivait:

«Cet homme est devenu l'esclave de son idée. Il y a longtemps qu'il

s'isole de la vie russe et n'écoute plus la voix du peuple. Il plane

trop haut au-dessus de la Russie.»

[270] C'était pour lui une souffrance cuisante de ne pouvoir être

persécuté. Il avait la soif du martyre; mais le gouvernement, fort sage,

se gardait bien de la satisfaire.

«Autour de moi, on persécute mes amis et on me laisse tranquille, bien

que, s'il y a quelqu'un de nuisible, ce soit moi. Evidemment, je ne vaux

pas la persécution, et j'en suis honteux.» (Lettre à Ténéromo, 1892,

_Corresp. inéd._, p. 184.)

«Evidemment, je ne suis pas digne des persécutions, et il me faudra

mourir ainsi, sans avoir pu, par des souffrances physiques, témoigner de

la vérité.» (A Ténéromo, 16 mai 1892, _ibid._, p. 186.)

«Il m'est pénible d'être en liberté.» (A Ténéromo, 1er juin 1894,

_ibid._, p. 188.)

Dieu sait pourtant qu'il ne faisait rien pour cela! Il insulte les

Tsars, il attaque la patrie, «cet horrible fétiche auquel les hommes

sacrifient leur vie et leur liberté et leur raison» (_La Fin d'un

Monde._)--Voir, dans _Guerre et Révolution_, le résumé qu'il trace de

l'histoire de Russie. C'est une galerie de monstres: «le détraqué Ivan

le Terrible, l'aviné Pierre I, l'ignorante cuisinière Catherine I, la

débauchée Elisabeth, le dégénéré Paul, le parricide Alexandre I» (le

seul pour qui Tolstoï ait pourtant une tendresse secrète), «le cruel et

ignorant Nicolas I, Alexandre II, peu intelligent, plutôt mauvais que

bon, Alexandre III, à coup sûr un sot, brutal et ignorant, Nicolas II,

un innocent officier de hussards, avec un entourage de coquins, un jeune

homme qui ne sait rien, qui ne comprend rien.»

Dans un numéro de la revue: _Les Tablettes_, consacré à Tolstoï (Genève,

juin 1917), nous avons réuni une collection des textes les plus

significatifs de Tolstoï, relatifs à _l'État_, _la Patrie_, _la guerre_,

_l'armée_, _le service militaire_ et _la Révolution_.

[271] Lettre à Gontcharenko, réfractaire, 19 janvier 1905 (_Corresp.

inéd._, p. 264).

[272] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (_Ibid._ p. 239).

[273] Lettre à un ami, 1900 (_Correspondance_, p. 308-9).

[274] A Gontcharenko, 12 février 1905 (_Ibid._, p. 265).

[275] Aux Doukhobors du Caucase, 1897 (_Correspondance_, p. 240).

[276] A Gontcharenko, 19 janvier 1905 (_Ibid._, p. 264).

[277] A un ami, novembre 1901 (_Ibid._, p. 326).

Sur la question de la _Patrie_, les écrits les plus importants de

Tolstoï sont: _L'esprit chrétien et le patriotisme_, 1894 (trad. J.

Legras, éd. Perrin);--_Le patriotisme et le gouvernement_, 1900 (trad.

Birukoff, Genève);--_Carnet du soldat_, 1902;--_La guerre

russo-japonaise_, 1904;--_Salut aux réfractaires_, 1909.

[278] «C'est comme une fente dans la machine pneumatique; tout le

souffle d'égoïsme qu'on voulait aspirer de l'âme humaine y rentre.»

Et il s'ingénie à prouver que le texte original a été mal lu, et que la

parole exacte du second Commandement était: «Aime ton prochain comme

_Lui-même_ (comme Dieu)». (Entretiens avec Ténéromo.)

[279] Entretiens avec Ténéromo.

[280] Lettre à un Chinois, octobre 1906 (_Corresp. inéd._, p. 381 et

suiv.).

[281] Tolstoï en exprimait déjà la crainte, dans sa lettre de 1906.

[282] «Ce n'était pas la peine de refuser le service militaire et

policier, pour admettre la propriété, qui ne se maintient que par le

service militaire et policier. Les hommes qui accomplissent ce service

et profitent de la propriété agissent mieux que ceux qui refusent tout

service, en jouissant de la propriété.» (Lettre aux Doukhobors du

Canada, 1899, _Corresp. inéd._, p. 248-260.)

[283] Lire dans les _Entretiens avec Ténéromo_, la belle page sur «le

sage Juif qui, plongé dans ce Livre, n'a pas vu les siècles s'écrouler

sur sa tête, et les peuples qui paraissaient et disparaissaient de la

terre».

[284] «Voir le progrès de l'Europe dans les horreurs de l'État moderne,

l'État sanglant, vouloir créer un nouveau _Judenstaat_, c'est un péché

abominable.--(_Ibid._)

[285] Et l'avenir lui donne raison. Et Dieu s'est acquitté largement

envers lui. Quelques mois avant sa mort, lui vient, du bout de

l'Afrique, l'écho de la voix messianique de Gandhi. (Voir, à la fin du

volume, le chapitre: _La réponse de l'Asie à Tolstoy_, p. 214.)

[286] _Appel aux hommes politiques_, 1905.

[287] On trouvera, en appendice au _Grand Crime_ et dans la trad-franç.

des _Conseils aux Dirigés_ (titre russe: _Au peuple travailleur_), un

_Appel_ d'une société japonaise _pour le Rétablissement de la Liberté de

la Terre_.

[288] Lettre à Paul Sabatier, 7 novembre 1906. (_Corr. inéd._, p. 375.)

[289] Lettres à un ami, juin 1892 et novembre 1901.

[290] _Guerre et Révolution._

[291] Lettre à un ami. (_Corresp. inéd._ p. 354-55.)

[292] _Ibid._ Peut-être s'agit-il là de l'_Histoire d'un Doukhobor_,

dont le titre figure dans la liste des oeuvres inédites de Tolstoï.

[293] «Imaginez que tous les hommes qui ont la vérité se réunissent

ensemble et s'installent sur une île. Serait-ce la vie?» (A un ami, mars

1901, _Corresp. inéd._ p. 325.)

[294] 1er décembre 1910.

[295] 16 mai 1892. Tolstoï voyait alors sa femme souffrir de la mort

d'un petit garçon, et il ne pouvait rien pour la consoler.

[296] Lettre de janvier 1883.

[297] «Je ne reprocherai jamais de ne pas avoir de religion. Le mal,

c'est quand les hommes mentent, feignent d'avoir de la religion.»

Et plus loin:

«Que Dieu nous préserve de feindre d'aimer, c'est pire que la haine.»

(_Corresp. inéd._ p. 344 et 348.)

[298] _Revue des Deux Mondes_, 15 décembre 1910.

[299] Paul Birukoff vient de publier, en allemand, la belle

correspondance de Tolstoï avec sa fille Marie: _Vater und Tochter_,

Zürich, Rotapfel, 1927.

[300] _Revue des Deux Mondes_, 15 décembre 1910.

[301] A un ami, 10 décembre 1903.

[302] _Figaro_, 27 décembre 1910. La lettre fut, après la mort de

Tolstoï, remise à la comtesse par leur beau-fils, le prince Obolensky,

auquel Tolstoï l'avait confiée, quelques années auparavant. A cette

lettre était jointe une autre, également adressée à la comtesse, et qui

touchait à des sujets intimes de la vie conjugale. La comtesse la

détruisit, après l'avoir lue. (Note communiquée par Mme Tatiana

Soukhotine, fille aînée de Tolstoï.)

[303] Cet état de souffrance date donc de 1881, c'est-à-dire de l'hiver

passé à Moscou, et de la découverte que Tolstoï fit alors de la misère

sociale.

[304] Lettre à un ami (la traduction française, par M.

Halpérine-Kaminsky, en a été publiée sous le titre _Profession de foi_,

dans le volume: _Plaisirs cruels_, 1895).

[305] Il semble qu'il ait subi, dans ses dernières années, et surtout

dans ses derniers mois, l'influence de Vladimir-Grigoritch Tchertkov,

ami dévoué, qui, longtemps établi en Angleterre, avait consacré sa

fortune à publier et répandre l'oeuvre intégral de Tolstoï. Tchertkov

a été violemment attaqué par un des fils de Tolstoï, Léon. Mais si l'on

a pu accuser son intransigeance d'esprit, personne n'a mis en doute son

absolu dévouement; et, sans approuver la dureté peut-être inhumaine de

certains actes où l'on croit sentir son inspiration, (comme le testament

par lequel Tolstoï enleva à sa femme la propriété de tous ses écrits,

sans exception, y compris ses lettres privées), il est permis de croire

qu'il fut plus épris de la gloire de son ami que Tolstoï lui-même.

Le journal de Valentin Boulgakov, dernier secrétaire de Tolstoï, est un

miroir fidèle des six derniers mois, à Iasnaïa Poliana, depuis le 23

juin 1910. La traduction française en a paru dans _Les oeuvres

libres_, mai 1924, chez Arthème Fayard, à Paris.

Vie de Tolstoï · 第 14 / 15 段