[306] Tolstoï partit brusquement de Iasnaïa Poliana, le 28 octobre (10

novembre) 1910, vers cinq heures du matin. Il était accompagné du

docteur Makovitski; sa fille Alexandra, que Tchertkov appelle «sa

collaboratrice la plus intime», était dans le secret du départ. Il

arriva, le même jour, à six heures du soir, au monastère d'Optina, un

des plus célèbres sanctuaires de Russie, où il avait été plusieurs fois

en pèlerinage. Il y passa la nuit et, le lendemain matin, il y écrivit

un long article sur la peine de mort. Dans la soirée du 29 octobre (11

novembre), il alla au monastère de Chamordino, où sa soeur Marie était

nonne. Il dîna avec elle et lui exprima le désir qu'il aurait eu de

passer la fin de sa vie à Optina, «en s'acquittant des plus humbles

besognes, mais à condition qu'on ne l'obligeât point à aller à

l'église». Il coucha à Chamordino, fit, le lendemain matin, une

promenade au village voisin, où il songeait à prendre un logis, revit sa

soeur dans l'après-midi. A cinq heures, arriva inopinément sa fille

Alexandra. Sans doute, le prévint-elle que sa retraite était connue,

qu'on était à sa poursuite: ils repartirent sur-le-champ, dans la nuit.

Tolstoï, Alexandra et Makovitski se dirigèrent vers la station de

Koselsk, probablement avec l'intention de gagner les provinces du Sud,

et, de là, les pays slaves des Balkans, la Bulgarie, la Serbie. En

route, Tolstoï tomba malade à la gare d'Astapovo et dut s'y aliter. Ce

fut là qu'il mourut.

Sur ces derniers jours, on trouvera les renseignements les plus complets

dans le volume: _Tolstoys Flucht und Tod_ (Bruno Cassirer, Berlin,

1925), où René Fuelloep-Miller et Friedrich Eckstein ont rassemblé les

récits de la fille, de la femme de Tolstoï, de son médecin, de ses amis

présents, et la correspondance secrète d'État. Celle-ci, que le

gouvernement soviétique a découverte en 1917, révèle le réseau

d'intrigues, dont l'État et l'Église entourèrent le mourant, pour

arracher de lui l'apparence d'une rétractation religieuse. Le

gouvernement, le czar en personne, exercèrent une pression sur le

Saint-Synode, qui délégua à Astapovo l'archevêque de Toula. Mais l'échec

de cette tentative fut complet.

On voit aussi l'inquiétude gouvernementale. Une correspondance policière

entre le gouverneur-général de Riasan, prince Obolensky, et le général

Lwow, chef du département de gendarmerie de Moscou, avertit heure par

heure de tous les incidents et de tous les visiteurs à Astapovo, donne

les ordres les plus sévères pour surveiller la gare, pour bloquer le

cortège funèbre et le séparer du reste de la nation. En haut lieu, on

tremblait devant l'éventualité de grandes manifestations politiques, en

Russie.

L'humble maison, où Tolstoï expirait, était environnée d'une nuée de

policiers, d'espions, de reporters de journaux, d'opérateurs de film,

qui guettaient la douleur de la comtesse Tolstoï, accourue pour exprimer

au mourant son amour, son repentir, et écartée de lui par ses enfants.

[307] _Journal_, à la date du 28 octobre 1879 (trad. Bienstock Voir _Vie

et OEuvre_).--Voici le passage entier, qui est des plus beaux:

«Il y a dans ce monde des gens lourds, sans ailes. Ils s'agitent, en

bas. Parmi eux, il y a des forts: Napoléon. Ils laissent des traces

terribles parmi les hommes, sèment la discorde, mais rasent toujours la

terre.--Il y a des hommes qui se laissent pousser des ailes, s'élancent

lentement et planent: les moines.--Il y a des hommes légers qui se

soulèvent facilement et retombent: les bons idéalistes.--Il y a des

hommes aux ailes puissantes...--Il y a des hommes célestes, qui, par

amour des hommes, descendent sur la terre en repliant leurs ailes, et

apprennent aux autres à voler. Puis, quand ils ne sont plus nécessaires,

ils remontent: Christ.»

[308] «On peut vivre seulement pendant qu'on est ivre de la vie.»

(_Confessions_, 1879.)

«Je suis fou de la vie... C'est l'été, l'été délicieux. Cette année,

j'ai lutté longtemps; mais la beauté de la nature m'a vaincu. Je me

réjouis de la vie». (Lettre à Fet, juillet 1880.)--Ces lignes sont

écrites en pleine crise religieuse.

[309] Dans son _Journal_, à la date d'octobre 1865:

«La pensée de la mort...» «Je veux et j'aime l'immortalité.»

[310] «Je me grisai de cette colère bouillonnante d'indignation que

j'aime en moi, que j'excite même quand je la sens, parce qu'elle agit

sur moi, d'une façon calmante, et me donne, pour quelques instants au

moins, une élasticité extraordinaire, l'énergie et le feu de toutes les

capacités physiques et morales.» (_Journal du prince D. Nekhludov_,

_Lucerne_, 1857).

[311] Son article sur _la Guerre_, à propos du Congrès universel de la

paix, à Londres, en 1891, est une rude satire des pacifistes, qui

croient à l'arbitrage entre nations:

«C'est l'histoire de l'oiseau qu'on prend, après lui avoir mis un grain

de sel sur la queue. Il est tout aussi facile de le prendre d'abord.

C'est se moquer des gens que de leur parler d'arbitrage et de

désarmement consenti par les États. Verbiage que tout cela!

Naturellement, les gouvernements approuvent: les bons apôtres! Ils

savent bien que cela ne les empêchera jamais d'envoyer des millions de

gens à l'abattoir, quand il leur plaira de le faire. (_Le royaume de

Dieu est en nous_, chap. VI.)

[312] La nature fut toujours «le meilleur ami» de Tolstoï, comme il

aimait à dire:

«Un ami, c'est bien; mais il mourra, il s'en ira quelque part, et on ne

pourra le suivre, tandis que la nature à laquelle on s'est uni par

l'acte de vente, ou qu'on possède par héritage, c'est mieux. Ma nature à

moi est froide, rebutante, exigeante, encombrante; mais c'est un ami

qu'on gardera jusqu'à la mort; et quand on mourra, on y entrera.»

(Lettre à Fet, 19 mai 1861. _Corresp. inéd._, p. 31.)

Il participait à la vie de la nature, il renaissait au printemps; («Mars

et Avril sont mes meilleurs mois pour le travail.»--A Fet, 23 mars

1877), il s'engourdissait à la fin d'automne («C'est pour moi la saison

la plus morte, je ne pense pas, je n'écris pas, je me sens agréablement

stupide.»--A Fet, 21 octobre 1869).

Mais la nature qui lui parlait intimement au coeur, c'était la nature

de chez lui, celle de Iasnaïa. Bien qu'il ait, au cours de son voyage en

Suisse, écrit de fort belles notes sur le lac de Genève, il s'y sentait

un étranger; et ses liens avec la terre natale lui apparurent alors plus

étroits et plus doux:

«J'aime la nature, quand de tous côtés elle m'entoure, quand de tous

côtés m'enveloppe l'air chaud qui se répand dans le lointain infini,

quand cette même herbe grasse que j'ai écrasée en m'asseyant fait la

verdure des champs infinis, quand ces mêmes feuilles qui, agitées par le

vent, portent l'ombre sur mon visage, font le bleu sombre de la forêt

lointaine, quand ce même air que je respire fait le fond bleu clair du

ciel infini, quand je ne suis pas seul à jouir de la nature, quand,

autour de moi, bourdonnent et tournoient des millions d'insectes et que

chantent les oiseaux. La jouissance principale de la nature, c'est quand

je me sens faire partie du tout.--Ici (en Suisse), le lointain infini

est beau, mais je suis sans liens avec lui.» (Mai 1857.)

[313] Entretiens avec M. Paul Boyer (_Le Temps_, 28 août 1901).

De fait, on s'y tromperait souvent. Soit à cette profession de foi de

Julie mourante:

«Ce qu'il m'était impossible de croire, je n'ai pu dire que je le

croyais, et j'ai toujours cru ce que je disais croire. C'était tout ce

qui dépendait de moi.»

A rapprocher de la lettre de Tolstoï au Saint-Synode:

«Il se peut que mes croyances gênent ou déplaisent. Il n'est pas en mon

pouvoir de les changer, comme il n'est pas en mon pouvoir de changer mon

corps. Je ne puis croire autre chose que ce que je crois, à l'heure où

je me dispose à retourner vers ce Dieu, dont je suis sorti.»

Ou bien ce passage de la _Réponse à Christophe de Beaumont_, qui semble

du pur Tolstoï:

«Je suis disciple de Jésus-Christ. Mon Maître m'a dit que celui qui aime

son frère a accompli la Loi.»

Ou encore:

«Toute l'oraison dominicale tient en entier dans ces paroles: Que Ta

volonté soit faite!» (_Troisième lettre de la Montagne._)

A rapprocher de:

«Je remplace toutes mes prières par le _Pater Noster_. Toutes les

demandes que je puis adresser à Dieu sont exprimées avec plus de hauteur

morale par ces mots: Que Ta volonté soit faite!» (_Journal_ de Tolstoï,

au Caucase, 1852-53.)

Les ressemblances de pensée ne sont pas moins fréquentes sur le terrain

de l'art que sur celui de la religion:

«La première règle de l'art d'écrire, dit Rousseau, est de parler

clairement et de rendre exactement sa pensée.»

Et Tolstoï:

«Pensez ce que vous voudrez, mais de telle façon que chaque mot puisse

être compris de tous. On ne peut rien écrire de mauvais dans une langue

tout à fait claire.»

J'ai montré ailleurs que les descriptions satiriques de l'Opéra de

Paris, dans la _Nouvelle Heloïse_, ont beaucoup de rapports avec les

critiques de Tolstoï, dans _Qu'est-ce que l'art?_.

[314] _Journal_, 6 janvier 1903 (cité dans la _Préface de Tolstoï à ses

Souvenirs_, 1er volume de _Vie et OEuvre de Tolstoï_, publié par

Birukov).

[315] _Quatrième Promenade._

[316] Lettre à Birukov.

[317] _Sébastopol en mai 1855._

[318] «La vérité,... la seule chose qui me soit restée de ma conception

morale, la seule chose que j'accomplirai encore.» (17 octobre 1860.)

[319] _Ibid._

[320] «L'amour pour les hommes est l'état naturel de l'âme, et nous ne

le remarquons pas.» (_Journal_, du temps qu'il était étudiant à Kazan.)

[321] «La vérité s'ouvrira à l'amour...» (_Confessions_, 1879-81.)

--«Moi qui plaçais la vérité dans l'unité de l'amour...» (_Ibid._)

[322] «Vous parlez toujours d'énergie? Mais la base de l'énergie, c'est

l'amour, dit Anna, et l'amour ne se donne pas, à volonté» (_Anna

Karénine_, II, p. 270).

[323] «La beauté et l'amour, ces deux raisons de vivre.» (_Guerre et

Paix_, II, p. 285.)

[324] «Je crois en Dieu, qui est pour moi l'Amour.» (Au Saint-Synode,

1901.)

--«Oui, l'amour!... Non l'amour égoïste, mais l'amour tel que je l'ai

éprouvé, pour la première fois de ma vie, lorsque j'ai aperçu à mes

côtés mon ennemi mourant, et que je l'ai aimé... C'est l'essence même de

l'âme. Aimer son prochain, aimer ses ennemis, aimer tous et chacun,

c'est aimer Dieu dans toutes ses manifestations!... Aimer un être qui

nous est cher, c'est de l'amour humain, mais aimer son ennemi, c'est

presque de l'amour divin!...» (Le prince André, mourant, dans _Guerre et

Paix_, III, p. 176.)

[325] «L'amour passionné de l'artiste pour son sujet est le coeur de

l'art. Sans amour, pas d'oeuvre d'art possible.» (Lettre de septembre

1889.--_Leo Tolstoïs Briefe 1848 bis 1910_, Berlin, 1911.)

[326] «J'écris des livres, c'est pourquoi je sais tout le mal qu'ils

font...» (Lettre de Tolstoï à P.-V. Vériguine, chef des Doukhobors, 21

novembre 1897, _Corresp. inéd._, p. 241.)

[327] Voir _la Matinée d'un Seigneur_,--ou, dans les _Confessions_, la

vue extrêmement idéalisée de ces hommes simples, bons, contents de leur

sort, tranquilles, ayant le sens de la vie,--ou, à la fin de la deuxième

partie de _Résurrection_, cette vision «d'une humanité, d'une terre

nouvelle», qui apparaît à Nekhludov, quand il croise des ouvriers qui

reviennent du travail.

[328] «Un chrétien ne saurait être moralement supérieur ou inférieur à

un autre; mais il est d'autant plus chrétien qu'il se meut plus

rapidement sur la voie de la perfection, quel que soit le degré sur

lequel il se trouve, à un moment donné: en sorte que la vertu

stationnaire du pharisien est moins chrétienne que celle du larron, dont

l'âme est en plein mouvement vers l'idéal, et qui se repent sur sa

croix.» (_Plaisirs cruels_, trad. Halpérine-Kaminsky.)

[329] Mme Tatiana Soukhotine, fille aînée de Tolstoy, m'a fait observer

que la véritable orthographe du nom de Tolstoy en français était avec un

_y_. Telle est en effet la signature de Tolstoy, dans la lettre que j'ai

reçue de lui.

[330] Une autre édition, plus complète, a paru en 1925 chez l'éditeur

Bossard (traduction de Georges d'Ostoya et Gustave Masson).

[331] «Dont je fus témoin, pour une partie», écrit Tolstoy.

[332] Voir p. 71 et 72.

[333] Acte V, tableau 1.

[334] Acte III, tableau 2.

[335] Cette santé d'esprit se manifeste dans les récits qui ont été

faits par Tchertkov et par les médecins de la dernière maladie de

Tolstoy. Presque jusqu'à la fin, il a continué, chaque jour, d'écrire ou

de dicter son _Journal_.

[336] _Tolstoi und der Orient. Briefe und sonstige Zeugnisse über

Tolstois Beziehungen zu den Vertretern orientalischer Religionen_, von

Paul Birukov, Rotapfel Verlag, Zürich u. Leipzig, 1925.

[337] Birukov a dressé, à la fin de son volume, une liste des principaux

ouvrages sur l'Orient auxquels Tolstoy a eu recours.

[338] Il semble que certains Chinois aient reconnu aussi ces affinités.

Un voyageur russe en Chine écrit en 1922 que l'anarchisme chinois est

imbu de Tolstoy et que leur précurseur commun est Laotse.

[339] La librairie Stock vient de publier la traduction française de son

livre: _L'Esprit du peuple chinois_, avec préface de Guglielmo Ferrero,

1927.

[340] Tolstoy critique vigoureusement, dans sa lettre à Ku-Hung-Ming,

l'enseignement traditionnel en Chine de l'obéissance au souverain: il y

voit un dogme aussi peu fondé que le droit divin de la force.

[341] Cet article avait paru dans le _Times_, en juin 1904; et Tamura le

lut, en décembre, à Tokio.

[342] _Izo-Abe_, directeur du journal «_Heimin Shimbun_» («Le simple

Peuple»). Avant que la réponse de Tolstoy leur parvînt, les courageux

protestataires étaient emprisonnés et leur journal suspendu.

[343] J'ai cité plus haut, page 164, un passage de cette réponse. A ce

jugement sur le socialisme, Tolstoy ajoute: «_Le vrai bien de l'homme

est son salut spirituel et moral; le bien matériel y est inclus. Et ce

haut but ne peut être atteint que par la complète réalisation religieuse

et morale des individus, dont la somme dans les peuples représente

l'humanité._» D'autre part, en 1909, Tolstoy répondra aux questions

économiques d'une Société japonaise «_pour la libération du pays_», en

lui recommandant les théories agraires d'Henry George.

[344] «_Tu n'es pas seul, maître. Réjouis-toi!_» lui écrira Tokutomi, le

3 octobre 1906. «_Tu as ici beaucoup d'enfants, en esprit...._»

[345] La revue: _Tolstoi Kenki_ (étude de Tolstoy).

[346] Tokutomi rappelle que Tolstoy lui demanda, en 1906:--«_Savez-vous

quel est mon âge?»--«Soixante-dix-huit ans,» répondis-je.--«Non,

vingt-huit.» Je réfléchis et je dis:--«Ah! oui, en comptant votre

naissance du jour où vous êtes devenu le nouvel homme.» Il fit signe que

oui._»

[347] Asfendiar Woissow, de Constantinople.

[348] Lettre de Mohammed Sadig, 22 juillet 1903.

[349] Lettre d'Elkibajew, 10 juin 1908.

[350] A Mohammed Sadig, 20 août 1903.

[351] Tolstoy était enthousiaste de la prière de Mahomet pour la

pauvreté: «_Seigneur, conserve ma vie en pauvreté et fais qu'en pauvreté

je meure!_»

[352] A Woissow, 11 novembre 1902.

[353] Cette grande personnalité, dont l'influence réformatrice s'est

exercée sur l'université d'Al Azhar, et, par delà, sur tout l'Islam

Sunnite, où il représentait le modernisme, a été récemment étudiée par

B. Michel et le Cheikh Moustapha Abdel Razik, qui ont traduit et publié

en français son principal traité: _Rissalat al Tawid,--Exposé de la

religion musulmane_, librairie Orientaliste Paul Geuthner, 1925.

[354] A Isabella Arkadjewna Grinewskaja. Dans une autre lettre à

Elkibajew (10 juin 1908), Tolstoy dit qu'il n'y a qu'une seule religion.

Elle ne s'est pas encore tout entière révélée à l'humanité, mais elle

apparaît dans toutes les religions, par fragments. «_Tout progrès de

l'humanité repose sur l'union toujours plus intime des hommes dans cette

unique vraie religion._»

[355] Dans une lettre à Krymbajew, en 1908, Tolstoy, définissant une

vraie religion par l'amour de Dieu et du prochain, dégagé de toute

croyance parasite, fait l'éloge du Bâbisme et de la secte de Kazan. Une

autre lettre de décembre 1908 à Fridulchan-Wadalbekow exprime la même

admiration du Bâbisme.

[356] A quelques exceptions près, au premier rang desquelles je nomme

Max Müller, grand esprit et grand coeur, que vénérait Vivekananda.

[357] En 1828, l'un des plus vastes esprits de notre temps, _Râjâ Râm

Mohan Roy_, fonda la communauté de _Brahmâ Samâj_, qui rassemblait

toutes les religions du monde en un système religieux; basé sur la

croyance en un seul Dieu. Une telle pensée, nécessairement limitée

d'abord à une élite, a eu, depuis, des échos profonds dans l'âme des

grands mystiques du Bengale; et, par eux, elle pénètre peu à peu dans

les masses.

[358] Vivekananda disait de lui-même: «_Je suis Çankara._» (le grand

Vedantiste du VIIIe siècle).

[359] _Yogas's Philosophy. Lectures on Râja Yoga or conquering internal

nature_, by Swami Vivekananda, New-York, 1896.

[360] _Parahamsa Sri Ramakrishna_, by Vivekananda, 2e édition, Madras,

1905.

[361] «_Lord of Love_», titre d'un ouvrage de _Baba Premananda Bharati_

(1904), dont Tolstoy traduisit des fragments.

[362] Premananda Bharati, 1904.

[363] C.-R. Das, mort récemment, était devenu l'ami intime de Gandhi et

le chef politique du parti _Swarajiste_ indien, qui veut concilier les

méthodes de Non-Violence avec la participation aux Conseils législatifs.

[364] De Londres. La lettre est perdue. On ne la connaît que par la

réponse de Tolstoy.

[365] Dans son Autobiographie, en cours de publication, sous le titre:

_Histoire de mes Expériences avec la Vérité_ (_Young India_, 26 août et

14 octobre 1926), Gandhi raconte que ce fut en 1893-94 qu'il lut pour la

première fois un ouvrage de Tolstoy: _Le Royaume de Dieu est en vous_.

«_J'en fus bouleversé. Devant l'indépendance de pensée, la moralité

profonde et la sincérité de ce livre, tous les autres me parurent pâles

et insignifiants..._» Un ou deux ans plus tard, il lut: _Que devons-nous

faire?_ et _Les Évangiles_; il fit une étude passionnée de Tolstoy. «_Je

commençai à réaliser de plus en plus, dit-il, les infinies possibilités

de l'amour universel..._» En 1904, il crée à Phoenix, près de Durban,

une colonie agricole, sur les plans de Tolstoy. Il y rassemble les

Indiens, sous la double loi qu'il leur imposa de Non-Résistance et de

pauvreté volontaire. On trouvera dans ma Vie de _Mâhâtmâ Gandhi_ (p.

18-23) le récit de cette croisade qui se prolongea près de vingt ans. Un

an avant qu'il écrivît à Tolstoy, il venait d'achever son fameux livre:

_Hind Swarâj_ (Home Rule Indien),--cet «Évangile de l'amour héroïque»,

dont le gouvernement de l'Inde prohiba l'original en Gujarât et dont

Gandhi envoya l'édition anglaise à Tolstoy le 4 avril 1910.

[366] Joseph J. Doke: _M. K. Gandhi, an Indian Patriot in South Africa_,

1909.

[367] Édité à Phoenix, Natal.

[368] Cette liste, dressée par Alexis Sergeyenko, m'a été communiquée

par Paul Birukoff.

Vie de Tolstoï · 第 15 / 15 段