II

Il y a parmi nous, depuis longtemps déjà, une bonne volonté générale et

croissante d’améliorer le sort des hommes qui souffrent, c’est-à-dire de

la grande masse humaine qui couvre la terre.

Mais, il y a cent ans, les hommes qui, comme Voltaire, parlaient le plus

d’humanité et du soulagement des opprimés, ces hommes espéraient

délivrer les peuples, et leur apporter le bonheur en les livrant à la

nature et à la volupté, en leur donnant la liberté sans frein, et en

brisant le joug des lois morales.

Aujourd’hui, grâce à Dieu, s’il est un point que les tribuns les plus

fougueux soutiennent avec ardeur, dans la lumière de l’évidence et dans

le détail de la science, c’est la Morale, comme unique source du

progrès.

Aujourd’hui, l’esprit du siècle dit: Nul progrès, nul bonheur, sans loi

morale! et sans le culte austère de la justice; travail, continence et

sobriété! Justice et loi morale? Voilà ce que disent toutes les voix.

Mais plusieurs crient: Point de religion! Or, avant cent ans, j’espère,

tous les yeux verront que si la vie du corps, si le pain quotidien n’est

donné que par la vie morale, la vie morale, à son tour, n’est donnée que

par la religion.

Je sais un homme, considérable et fort connu qui m’assure être devenu

chrétien par cette voie expérimentale: «Je me suis attaché, me dit-il, à

quelques familles pauvres que j’ai suivies, pendant plusieurs années,

dans tout le détail de leur vie, me demandant: Comment leur donner le

bien-être? J’ai vu qu’un progrès de bien-être dépendait d’un progrès

moral, et qu’un progrès moral dépendait d’un progrès religieux. Ceci est

à mes yeux de la science expérimentale aussi certaine que celle des lois

physiques.--J’ai fait plus. J’ai conseillé le même travail à des jeunes

hommes indécis dans leurs convictions. Je leur ai dit d’entreprendre,

sans aucun préjugé, ni parti pris, l’étude suivie et détaillée de

quelques familles pauvres, et de chercher la cause et le remède. Leur

conclusion n’a jamais varié: nul progrès de prospérité sans un progrès

moral; nul progrès moral sans progrès religieux.»

Un écrivain souvent furieux, mais quelquefois lucide, adressait au

clergé catholique l’exhortation suivante.

Après avoir puissamment démontré que la source de la misère n’est autre

que le défaut d’équilibre dans la raison publique et dans les mœurs, il

disait:

«Voilà la vérité, ô prêtres, qu’il serait digne de vous d’annoncer dans

toutes vos églises; voilà, de nos jours, le commentaire le plus éloquent

que vous puissiez faire de l’Évangile; voilà les vérités qui, publiées

par vous, et entrant dans la foi des peuples en même temps qu’elles sont

démontrées par la science, termineraient pacifiquement la crise présente

en faisant de vous les chefs naturels du progrès.

«Et en même temps que vous adresseriez aux riches l’exhortation

évangélique commentée par la science évidente, nous, les tribuns du

peuple, nous lui dirions:

«Que la cause de ses souffrances, c’est l’immoralité universelle, et que

la première chose à faire pour détruire le paupérisme et assurer le

travail, est de revenir à la sagesse. Nous démontrerions à ce peuple,

par des chiffres qu’il comprendrait, que dans les conditions les plus

favorables, en supposant réunies toutes les influences heureuses du

ciel, de la terre, de l’ordre et de la liberté, il ne peut espérer une

somme de richesse matérielle qui égale la moyenne de un franc cinquante

centimes par tête et par jour, pour une population de trente-six

millions d’âmes répandue sur un territoire de vingt-sept mille lieues

carrées.

«Qu’ainsi, la plus grande partie de sa félicité doit être cherchée au

for intérieur, dans les joies de la conscience et de l’esprit.

«Et après l’avoir ainsi disposé à la modération, nous lui ferions

comprendre qu’aucun homme, aucune classe de la société ne pouvant être

accusée du mal collectif, toute pensée de représailles doit être

abandonnée, et qu’après nous être si longtemps écartés de la justice,

notre devoir est de revenir à l’équilibre par une marche graduelle qui

ne soulève pas de colères, et ne fasse ni coupables, ni victimes.

«Vous chargerez-vous, ô prêtres, tandis que nous prêcherions ainsi le

prolétaire, de prêcher de votre côté les puissants et les riches? Ce

jour-là serait un grand jour, et la paix serait bientôt faite.»

Oh! oui, nous le ferons, nous l’avons déjà fait depuis des siècles, et

pour les pauvres, et pour les puissants et les riches. C’est nous, ce

semble, qui vous avons enseigné tout cela. Mais il est bon que vous le

compreniez enfin, en croyant l’avoir découvert.

Oui, c’est ainsi et ainsi seulement que se feront la paix et le progrès,

que sera terminée la crise qui dure depuis bientôt un siècle, et ce sera

la plus grande, la plus puissante et la plus évidente démonstration

évangélique et catholique qui se soit jamais faite.

Par la volonté ferme de sortir enfin de cette misère universelle, qui

est la lèpre originaire du globe, les peuples modernes en masse verront,

dans le détail comme on voit les objets corporels, que la vraie cause du

mal, c’est l’immoralité universelle, et que la ressource du monde, c’est

de revenir à la sagesse.

Mais bientôt ils verront que la lumière qui peut seule éclairer la

marche vers la sagesse, c’est la lumière de l’Évangile, et que la force

par laquelle on marche, c’est la vertu réelle et efficace et

régénératrice des vertus et des sacrements catholiques.

Ce jour-là, se sera accomplie dans le monde la plus grande des

révolutions depuis la venue de l’Homme-Dieu; ce jour-là commencera

véritablement l’effet de la prière évangélique universelle: «Que votre

règne arrive; que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel;

donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien; délivrez-nous du mal.»

Les Sources · 第 128 / 138 题