CONCLUSION

La volonté d’abolir la misère conduit à l’Évangile et puis à

l’Église catholique.

La terre remplie, et trop petite, tend vers le ciel.

Au fond, la grande terreur et la grande douleur, c’est la mort.

La grande consolation sera donc l’immortalité manifeste.

I

Je ne demande au monde contemporain qu’une seule chose: la volonté

déterminée d’abolir la misère.

Qu’on se décide publiquement, solennellement, à prendre pour devise la

parole de Moïse: «O Israël, tu ne souffriras pas qu’il y ait dans ton

sein un seul mendiant ni un seul indigent.»

Que tous les peuples, toutes les sectes, tous les partis s’accordent sur

ce point unique et le poursuivent sans jamais s’arrêter, et il suffit.

Je dis que, par cela même, la justice, la vérité, la religion se

répandent sur la terre.

Par cela même, le christianisme et le catholicisme, qui est le

christianisme entier, gouvernent le monde.

Comment cela?

C’est que le christianisme entier, on ne peut trop le répéter, se réduit

à un point: «J’ai eu faim, dit le Christ, et vous m’avez nourri: vous

êtes sauvés.--J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas nourri; vous êtes

jugés et condamnés.» Voilà le point. Selon l’Évangile, tout est là, non

en ce sens que ce seul point exclue le reste, mais en ce sens qu’il

implique tout. Il implique et attire et suppose toute pratique, toute

vertu chrétienne, et la vraie vie de l’âme en Dieu.

Donc, si nourrir ou ne pas nourrir Jésus-Christ, c’est-à-dire le moindre

des hommes qui soufre, est toute la base du jugement dernier, toute la

question du salut éternel, il est bien clair que ce point seul est et

implique le christianisme entier.

Donc les individus et les peuples opéreront le christianisme entier,

c’est-à-dire le catholicisme, dès qu’ils travailleront de tout leur cœur

et de toutes leurs forces, avec persévérance jusqu’au succès, à nourrir

de pain la masse des hommes que la misère dévore.

Donc, encore une fois, c’est l’œuvre chrétienne, essentielle,

qu’entreprendront les sociétés humaines, dès qu’elles entreprendront de

bannir de leur sein la misère.

N’est-ce pas évident?

Essayez de multiplier les pains en Europe, dans une nation. Essayez de

chasser la misère, en la remplaçant par l’aisance, ou seulement par la

pauvreté supportable,--j’appelle ainsi celle qui ne tue pas; certes, ce

n’est pas demander trop;--eh bien! dès le premier effort, vous voyez de

vos yeux qu’il est de toute impossibilité de modifier en rien la

condition des classes souffrantes, si vous ne les moralisez. Vous voyez

de vos yeux où est l’obstacle, le grand obstacle fondamental et presque

unique: c’est l’état moral des classes pauvres, c’est l’ignorance, la

paresse et le vice. Vous voyez de vos yeux l’absolue impossibilité de

modifier en rien la condition de ceux qui souffrent, si vous ne les

rendez meilleurs.

Cela bien vu, essayez ce second travail, et, dès le premier effort, vous

découvrez le nœud de la difficulté: vous voyez s’il est possible de

rendre les hommes meilleurs sans religion; si vous pouvez transformer la

famille, élever l’homme, la femme, l’enfant, sans Dieu, sans loi, sans

foi. Oui, ce défi banal du prêtre au philosophe, cet axiome rebattu:

«Point de morale sans religion,» et de la plus absolue solidité; bien

compris, il ne peut manquer de devenir, avant un siècle, la

démonstration à la fois expérimentale et scientifique du christianisme

et du catholicisme.

Mille ans d’efforts par la morale abstraite et purement philosophique ne

feront pas avancer d’un seul pas. Mais vingt-cinq ans de bonne volonté

dans la propagation de la vraie religion peuvent, en une seule

génération, changer la face d’un peuple.

Mais de quelle religion s’agit-il?

Il n’y en a qu’une dans le monde, le christianisme; les autres ne sont

pas discutables.

Donc en persévérant, on démontrera que, pour vivre de pain, il faut

vivre d’abord de vie morale, et que, pour vivre de vie morale, il faut

vivre de Dieu, du Dieu de l’Évangile.

On démontrera, dis-je, que Dieu seul multiplie les pains, et l’on verra

par expérience que Dieu, Dieu incarné et réellement présent dans

l’Église catholique, est la seule force qui multiplie les pains.

Jésus-Christ seul multiplie les pains.

Et telle est en réalité, je l’espère, la marche que va suivre, et même

que suit dès à présent, l’histoire des peuples européens.

Les Sources · 第 127 / 138 题